L’analyse de la concentration de certains éléments chimiques dans l’émail des dents a permis de caractériser précisément le régime alimentaire de ce représentant du genre Homo en Indonésie durant le Pléistocène.
Depuis que Gustav von Koenigswald (1902-1982) y a découvert de spectaculaires restes d’Homo erectus, le dôme de Sangiran, sur l’île de Java, est célèbre. Avec ses collègues, Jülide Kubat, de l’université Paris Cité et de l’institut Senckenberg à Francfort, a comparé le comportement alimentaire d’H. erectus de Sangiran à celui d’autres mammifères de Java pendant le Pléistocène, notamment à celui de cet autre hominidé qu’est l’orang-outan.
Les chercheurs ont mesuré les rapports strontium/calcium (Sr/Ca) et baryum/calcium (Ba/Ca) dans l’émail dentaire, dont les variations enregistrées pendant la croissance traduisent les comportements alimentaires avec une résolution inférieure à la semaine. Pour l’orang-outan, elles revèlent des cycles saisonniers d’environ trois mois marqués par des pics élevés du rapport Sr/Ca, ce qui reflète une consommation contrastée de nourriture végétale entre la période de mousson et la saison sèche.
En revanche, chez H. erectus, les variations intra-annuelles du rapport Sr/Ca sont moins accentuées que chez l’orang-outan. Par ailleurs, le rapport des isotopes stables du carbone (13C/12C) indique une alternance entre un régime à base de plantes en C4 – fournissant davantage d’énergie, car exploitant mieux la photosynthèse, et typiques de la saison de mousson – et un mélange de plante en C4 et de plantes en C3 – fournissant moins d’énergie, car exploitant moins bien la photosynthèse, et plus coriaces, typiques de la saison sèche.
En outre, même si le degré de carnivorie est normalement indiqué par des analyses des isotopes stables de l’azote, le ratio Sr/Ca est aussi un bon indicateur de la position d’un animal dans la chaîne alimentaire. Or les valeurs plutôt basses de ce ratio chez l’H. erectus sont comparables à celles des félidés (carnivores) et des suidés (omnivores), alors que les purs herbivores, tels les cervidés et les rhinocéros, sont caractérisés par des valeurs de Sr/Ca bien plus élevées, comparables à celles de l’orang-outan.
Toutes ces observations vont dans le sens d’un régime omnivore pour H. erectus, incluant non seulement des fruits, des graines et des racines, mais aussi de la viande et des proies aquatiques. Une tendance à l’omnivorie opportuniste qui fut caractéristique de toutes les espèces humaines au cours du Pléistocène (2,58 millions d’années à 11 700 ans avant le présent), c’est-à-dire pendant pratiquement toute la période d’évolution du genre Homo.
Source : Cerveau & Psycho du 08/03/2023