dimanche 23 avril 2023
Chris Stringer
Figure showing the main hominin lineages_species that we recognise during the last one million years
date : 2023vendredi 31 mars 2023
Des gravures préhistoriques contemporaines de Lascaux mises au jour aux portes de la Camargue
Des gravures représentant des chevaux et une vulve, contemporaines des célèbres ornements de la grotte de Lascaux, ont été mises au jour sur le site d'un campement de chasseurs préhistoriques dans le sud de la France, ont annoncé jeudi des préhistoriens.
Appelés en 2015 sur un futur site d'enfouissement de déchets au pieds des contreforts des Costières de Nîmes (Gard), les spécialistes de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont rapidement conclu que l'emplacement avait été occupé par l'homme depuis environ 20.000 ans avant notre ère jusqu'au XVIe siècle de celle-ci, ont expliqué des responsables de l'Inrap lors d'une conférences de presse. Le site de Bellegarde, légèrement en hauteur, a probablement été choisi comme point d'étape par des populations nomades parce qu'il disposait d'une source et qu'il offrait une bonne vue sur les troupeaux de chevaux sauvages traversant la grande plaine de Camargue, en contrebas, ont-ils précisé.
En onze mois de fouilles, en 2016, les archéologues ont mis au jour 100.000 objets en silex taillé (armes et outils), des ossements d'animaux, des coquillages ayant servi de parures, remontant pour certains au début du Magdalénien, il y a plus de 22.000 ans. Mais le moment le plus émouvant est toutefois survenu par la suite, lorsqu'ils se sont rendus compte en triant et nettoyant les objets collectés que deux petites tablettes de calcaire étaient ornées de gravures de profils de chevaux dont on peut distinguer les yeux, la crinière ou encore la bouche. Une imagerie « particulièrement rare dans le sud-est de la France et totalement inattendue aux portes de la Camargue », a souligné l'un des préhistoriens responsables du chantier, Vincent Mourre.
Une plaque gravée représentant un profil de cheval datant du tout début du Magdelanien (- 20 000 ans), le 30 mars 2023, découverte lors de fouilles sur le site de Bellegarde, dans le sud de la France
Ces gravures « figurent parmi les plus anciennes œuvres connues pour cette culture du Paléolithique, au même titre que les peintures et gravures pariétales de la grotte de Lascaux (Dordogne) », située dans le sud-ouest de la France, a-t-il ajouté. Dans un niveau plus récent (-16.000 ans), ils ont mis au jour sur une petite tablette une gravure interprétée comme une vulve encadrée par le haut des jambes, ainsi que, sur une grande dalle d'une cinquantaine de centimètres, de « fines incisions, difficiles à interpréter ». « Alors que les parois ornées des grottes étaient difficilement accessibles, les œuvres de Bellegarde étaient au contraire facilement transportables par ces peuples nomades, ou, dans le cas de la dalle, faisaient partie du décor du lieu où ils se regroupaient régulièrement, ce qui en fait leur originalité », a également relevé M. Mourre.
Les archéologues espèrent que les plus belles pièces feront l'objet d'une exposition ou seront montrées dans un musée, mais aucune décision n'a encore été prise à ce sujet, ont-ils indiqué.
Source : Le Blob du 31/03/2023
samedi 25 mars 2023
L’atlas génétique des Européens du Paléolithique révélé
Le séquençage partiel du génome de 356 chasseurs-cueilleurs sapiens européens confirme certains chapitres du Paléolithique supérieur et en révèle de nouveaux, jusque-là inconnus.
L’atlas génétique de l’Europe paléolithique se précise. L’équipe de Johannes Krause, de l’institut Max-Planck pour l’anthropologie évolutive à Leipzig, a rassemblé le séquençage de 1,24 million de sites de l’ADN de 356 chasseurs-cueilleurs sapiens provenant de plusieurs dizaines sites paléolithiques européens occupés au cours des 35 000 dernières années. Après avoir comparé ces profils, les chercheurs ont défini plusieurs bassins génétiques – les groupes de « Věstonice », « Fournol », etc. –, qu’ils ont reliés aux cultures matérielles pratiquées par leurs membres.
Les données des chercheurs ne concernent pas la première culture matérielle paneuropéenne – l’Aurignacien –, mais montrent que celle du Gravettien (- 33 000 à - 26 000 ans), qui lui succède était pratiquée non pas par une seule, mais par deux populations, qui se partageaient l’Europe avant le dernier maximum glaciaire (de - 26 000 à - 19 000 ans) : le groupe de Věstonice (d’après les sites proches de ce village Tchèque), qui peuplait les territoires actuels de l’Italie, la République tchèque et l’Autriche ; et le groupe de Fournol (d’après l’abri de Fournol, dans le Lot), répandue dans le sud-ouest de l’Europe (France et Espagne). Tandis que les premiers descendaient de chasseurs-cueilleurs plus anciens vivant à l’est (Russie), les seconds sont apparentés à des Aurignaciens, qui vivaient dans la région de la grotte belge de Goyet il y a 35 000 an.
Au cours du dernier maximum glaciaire, les populations humaines se sont réfugiées au sud : à l’ouest du Rhône et dans la péninsule Ibérique, Fournol a développé la culture matérielle du Solutréen (- 23 000 à - 19 000 ans) ; à l’est, la tradition gravettienne a persisté jusqu’à ce que, il y a environ 17 000 ans, des groupes en provenance du Proche-Orient arrivent en Italie, y fondant le groupe nommé Villabruna (d’après la sépulture de l’abri Villabruna, dans les Dolomites). Progressant vers le sud, la culture matérielle épigravettienne (- 17 000 à - 10 000 ans) pratiquée par les membres du groupe Villabruna a atteint la Sicile il y a environ 14 000 ans, mais s’est aussi étendue au-delà de l’Italie, puisque les chercheurs ont trouvé des preuves d’ascendance Villabruna chez un individu mort il y a 19 000 ans à El Mirón, en Espagne. Nous apprenons ainsi que la culture matérielle épigravettienne, que l’on pensait issue du Gravettien oriental, est importée, et aussi que les hommes du Paléolithique ont circulé après le dernier maximum glaciaire dans un corridor méridional reliant les Balkans et la péninsule ibérique.
Les auteurs ont analysé les données génomiques de 116 nouveaux individus et réanalysé les données déjà publiées pour 240 autres. Ces 356 individus proviennent de 34 pays.
Les généticiens ont aussi montré qu’après le dernier maximum glaciaire, les populations réfugiées au sud se sont redéployées vers le nord, en mélangeant les gènes des groupes Villabruna et Fournol. En France, en Belgique, en Allemagne et en Pologne actuelles, ces groupes ont donné la population étiquetée par les chercheurs « Goyet Q2 », associée à la culture matérielle magdalénienne, connue pour son art pariétal à couper le souffle. Il y a 14 000 ans environ, la fusion complète entre Villabruna et Goyet Q2 a donné le groupe Oberkassel, qui semble avoir été homogène de la Pologne au Royaume-Uni. Nous lui devons la composante génétique issue des chasseurs-cueilleurs occidentaux toujours visible dans les gènes des populations actuelles de l’Europe de l’Ouest.
Plus à l’Est, c’est une autre population, dont les membres avaient une peau plus claire que ceux d’Oberkassel et des yeux sombres, que l’on retrouve : la population Sidelkino. Elle a fini par développer la culture Sidelkino en Russie occidentale, tandis que des incursions d’individus génétiquement issus du groupe Oberkassel ont commencé à atteindre la région du Don et de la Volga, en Russie, il y a 8 000 ans.
Enfin, même si la démographie des agriculteurs qui sont arrivés en Europe depuis l’Anatolie était plus dynamique que celle des chasseurs-cueilleurs locaux, les chercheurs ont constaté que des individus dotés d’une ascendance principalement Oberkassel ont persisté en Allemagne jusqu’à il y a environ 5 200 ans, en plein Néolithique – un phénomène déjà remarqué au nord de la France. Cela suggère que pendant la transition néolithique, certains chasseurs-cueilleurs occidentaux n’ont pas disparu mais ont adopté le mode de vie agricole, si bien que nous avons pu hériter de certains de leurs gènes.
Source : Pour la Science du 25/03/2023
Paranthropus a-t-il taillé les premiers outils ?
Sur la rive du lac Victoria, au Kenya, le site de Nyayanga a livré des dents de paranthropes cotoyant des pierres taillées datant de 2,8 millions d’années, soit un million d’années plus tôt que les plus vieux outils connus. Ce cousin du genre homo est-il le premier tailleur de pierre de l’histoire ?
En 2015, à Ledi-Geraru, dans les Afars, en Éthiopie, on met au jour un fossile vieux de 2,8 millions d’années : LD 350-1. Cette demi-mandibule est hominine, c’est-à-dire qu’elle appartient à la lignée regroupant ardipithèques, australopithèques et humains divers, bref toutes les formes préhumaines ou humaines issues, avec les chimpanzés, de notre ancêtre commun il y a quelque 8 millions d’années. Certaines des caractéristiques de cette demi-mandibule sont archaïques, mais d’autres sont si humaines qu’elles la placent hors de la lignée australopithèque, donc au sein du genre Homo. Or Ledi-Geraru a aussi livré des galets aménagés et autres éclats coupants, ce qu’on qualifie d’outils « de mode 1 », ou « oldowayens », parce qu’on les associait à l’origine seulement aux membres de l’espèce H. habilis, qui ont vécu dans les gorges d’Olduvai vers 1,8 million d’années. Comme leur âge de 2,6 millions d’années en faisait alors les plus anciens outils oldowayens connus, on les a naturellement attribués à l’espèce humaine de LD 350-1. Toutefois, l’équipe de Thomas Plummer, de l’université de New York, vient d’en découvrir d’autres à Nyayanga, au Kenya, taillés par des paranthropes il y a quelque 2,8 millions d’années, soit un million d’années plus tôt qu’à Ledi-Geraru… Comment concilier les découvertes de Ledi-Geraru et de Nyayanga ?
Situé sur une berge de la péninsule de Homa, sur les rives nord-est du lac Victoria, au Kenya, le site de Nyayanga, est extrêmement ancien. L’ancrage dans le temps de sa pile sédimentaire à l’aide de datations paléomagnétique et radiochronologique suggère un horizon archéologique compris entre 3,032 et 2,595 millions d’années, intervalle dont la valeur médiane est 2,8 millions d’années. Quand les chercheurs y mirent au jour de premiers outils oldowayens, leur premier réflexe fut de les attribuer à Homo. C’est pourquoi deux des membres de l’équipe – la paléoanthropologue Emma Finestone et le préparateur des musées nationaux du Kenya Blasto Onyango – vécurent un véritable choc lorsque, sous des os d’hippopotame, ils aperçurent une première molaire énorme mêlée à des outils oldowayens. La découverte d’une autre grosse molaire partielle ajouta à leur étonnement : tant l’énorme taille de ces deux dents que leurs traits fins prouvaient leur appartenance à un paranthrope.
Le genre Paranthropus rassemble ce qu’on nomme des « australopithèques robustes » bipèdes, qui ont vécu en Afrique entre 2,9 et 1,2 millions d’années. Son espèce la plus connue est P. boisei. Les paranthropes étonnent les paléoanthropologues par le grand contraste existant entre leurs petites dents de devant et leurs énormes prémolaires et molaires. Une telle dentition suggère qu’ils se servaient souvent de leurs molaires pour broyer des graminées, des graines, des racines et des tubercules, voire des insectes qui s’en nourrissent, comme les termites, mais pouvaient aussi à l’occasion cisailler de la viande avec leurs dents de devant. Il s’agissait donc avant tout d’herbivores, très aptes à consommer des graminées en saison humide, des végétaux coriaces en saison sèche, mais aussi, quand ces végétaux manquaient – capables de charogner.
En haut, le fragment d’une molaire inférieure (à gauche) et la molaire supérieure de paranthrope (à droite) trouvés au milieu d’outils abandonnés parmi les os d’un hippopotame, dont la carcasse fut exploitée. Au-dessous, quelques-uns des outils oldowayens trouvés à Nyayanga : (de gauche à droite) un percuteur portant des traces de choc, un nucléus dans la masse duquel manquent plusieurs éclats, puis quelques exemple d’éclats tranchants.
De fait, sur le site, les chercheurs ont mis au jour 1 176 os provenant de tortues, d’hippopotames, de crocodiles et d’autres animaux de bord d’eau, morts sur place sans doute. Plusieurs de ces os portent des traces d’activités de boucherie. L’usure observée sur 30 outils confirme la transformation par pilonnage non seulement de restes de faune, mais aussi de tissus végétaux, ce qui apparaît caractéristique de paranthropes avant tout herbivores, dont la carnivorie n’était sans doute qu’opportuniste. Leurs énormes prémolaires et molaires servant prioritairement à mastiquer des végétaux, les paranthropes semblent avoir pratiqué une sorte de « prémastication outillée » de la viande. Les essais pratiqués par les chercheurs induisent que seules plusieurs heures d’utilisation des outils sont à même d’expliquer les macro- et microtraces observées. Les marques de coupure et autres dommages par percussion montrent que l’on consommait tant la viande encore attachée aux os, que la moelle conservée en leur sein. Une côte striée par un éclat coupant et le fait que les os de deux hippopotames sont disposés en tas, où l’on retrouve des outils, indiquent qu’ils ont été équarris, activité que l’on imagine mal s’être produite après une chasse…
La qualité des 330 outils taillés à Nyayanga est remarquable. Le mode 1/Oldowayen, fut précédé par le Lomekwien, qui date de 3,3 millions d’années, une technique de taille consistant à choquer des pierres sur une « enclume ». Pour sa part, l’Oldowayen est une technique à mains libres : il consiste à frapper un « galet » tenu dans une main – c’est-à-dire une pierre – avec un percuteur (une autre pierre) tenu par l’autre main, soit pour le doter d’un tranchant sur une face ou deux, soit pour en tirer des éclats. Dans ce cas, la pierre choquée est un « nucléus ». À Nyayanga, plus de 20 % des outils sont des nucléus. Les autres sont soit les éclats qui en furent débités, soit des percuteurs durs (pierre) portant des traces de chocs répétés. Les roches taillées – quartz, quartzite, rhyolite et carbonatite –, toutes volcaniques étant donné le substrat géologique du site, illustrent le comportement opportuniste de tailleurs de pierre qui savaient transformer des roches diverses en outils, bref d’artisans expérimentés pratiquant une tradition technique bien installée.
S’agit-il vraiment de paranthropes ? L’emplacement de la molaire au milieu d’ossements et d’éclats tranchants et la découverte du fragment d’une autre dent rend très invraisemblable une présence seulement fortuite de ces australopithèques robustes. Argument supplémentaire : la restitution de l’environnement à partir d’une analyse des rapports isotopiques du carbone dans les carbonates mêlés au sol et des dents de bovidés trouvées sur le site indique que les occupants de Nyayanga vivaient dans un habitat mésique – à humidité moyenne – fait de brousses, de savanes arborées et de zones arbustives de bord de l’eau. Bref, il s’agissait d’un paradis pour paranthropes, très riche en graminées et en plantes herbacées pendant la saison humide, mais doté aussi de carcasses à exploiter quand régnait la disette. Ainsi, l’hypothèse la plus probable est qu’à Nyayanga, des paranthropes ont exploité des animaux semi-aquatiques morts au bord de l’eau à l’aide de leurs propres outils.
Il s’agit là d’un comportement opportuniste, s’inscrivant dans une stratégie alimentaire sans doute pratiquée aussi à des nuances près par d’autres hominines. De fait, les tailles de la canine, de la grosse prémolaire et des trois grosses molaires attachées à LD 350-1 coïncident avec celles des mêmes dents du très herbivore Australopithecus afarensis. Étant donné que l’on sait que la consommation accrue de viande a joué un rôle crucial dans l’hominisation, cela montre que la forme humaine de LD 350-1 était encore assez herbivore. Cela semble indiquer qu’elle était transitionnelle entre les australopithèques et les humains et date d’un temps pendant lequel tous les hominines d’écologies comparables – les paranthropes, des australopithèques graciles (Australopithecus garhi ?) et de premiers humains proches de ces derniers – fabriquaient des outils similaires pour mieux tirer parti des ressources disponibles. Cette époque de généralisation de la mastication outillée est aussi celle de l’hominisation. Quand commence-t-elle ? Avant trois millions d’années, suggèrent les découvertes faites à Nyayanga, car, d’après sa datation, le site pourrait avoir cet âge. Survivant par des stratégies proches dans les mêmes milieux, paranthropes et premiers humains ne pouvaient que se croiser. Peut-être échangeaient-ils ? Qui a imité qui ?
Source : Pour la Science du 25/03/2023
lundi 20 mars 2023
Cro-magnon, victime d'un meurtre ? Une nouvelle enquête scientifique
C'est une véritable enquête au cœur du Paléolithique supérieur qui est menée autour du site de l'abri de Cro-Magnon dans la région de la Dordogne en France. Le site découvert il y a 150 ans a permis de collecter les ossements de plusieurs personnes, et leur étude est toujours d'actualité. Les lésions constatées sur le crâne de l'individu appelé « Cro-Magnon 2 » sont au centre d'une recherche qui interroge sur les causes de sa mort. Accident ? Meurtre ? C'est le sujet d'un article récemment publié. Cela vous intéressera aussi
Cro-Magnon, victime de meurtre ? Une étude récente publiée dans Journal of Human Evolution se penche sur des lésions constatées sur le crâne d'un individu découvert il y a 150 ans, sur le site de l'abri de Cro-Magnon, en Dordogne. Étudier des ossements aussi anciens permet de mieux comprendre les gestes du passé, mais cela s'avère complexe. D'une part à cause de la haute technicité des méthodes à utiliser, d'autre part, parce que les ossements anciens n'ont pas toujours été collectés de façon rigoureuse au moment de leur découverte. Dans cet abri, par exemple, les scientifiques actuels manquent de détails quant aux contextes d'inhumation. C'est une double enquête, celle qui touche le site en lui-même pour mieux le comprendre, et celle qui touche les ossements humains découverts à l'intérieur.
Un véritable puzzle
L'une des difficultés liées à ce site, est de reconstituer les squelettes des individus retrouvés, et déterminer quels os vont ensemble. Au XIXe siècle, lorsque les restes en question ont été découverts, les méthodes archéologiques, tant de relevés que de prélèvements, étaient très différentes de celles d'aujourd'hui. Ainsi, il est très difficile 150 ans plus tard pour les chercheurs de pouvoir recréer ce puzzle d'ossements, cela nécessite de nombreux travaux qui peuvent donner lieu à des débats scientifiques houleux.
Sur le site de l'Abri de Cro-Magnon, c'est un individu appelé « Cro-Magnon 2 » qui est au cœur de l'étude publiée récemment. Ce dernier est porteur d'une anomalie sur le crâne, élément qui avait déjà interrogé à l'époque de sa découverte, et qui a été consigné dans des carnets de recherche. Tous ceux qui se sont penchés sur ce cas au XIXe siècle estimaient que ce défaut résultait d'un coup profond, parlant déjà d'un possible meurtre. Au cours du XXe siècle, les méthodes d'analyses des ossements s'affinent et d'autres chercheurs se penchent sur ce cas au fur et à mesure des années qui passent.
Comprendre les os
Autour de cette lésion particulière, plusieurs questions ont commencé à émerger. À savoir, est-ce que cela a été fait au cours de la vie de la personne ? Ou bien est-ce perimortem, autrement dit arrivé au moment de la mort ? Ou encore, est-ce que cette blessure a été à l'origine du décès ? Et si ce n'était qu'une lésion post-mortem ? Tant de questions qui se posent à chaque fois qu'un corps ancien est retrouvé avec des lésions.
C'est tout le travail des spécialistes de l'anthropologie biologique et de la paléoanthropologie que de comprendre le pourquoi de ces marques, ainsi que de repérer ce qui est du domaine des maladies en paléopathologie grâce aux analyses et aux CT-scans. La fracture a été analysée dans ses moindres détails pour tenter d'en déterminer l'origine. De plus, une autre question reste en suspens, celle du sexe biologique de l'individu, longtemps considéré comme étant de sexe féminin ; des analyses ultérieures invitent à la prudence quant à cette conclusion. « Cro-magnon 2 » reste ainsi de sexe indéterminé bien que l'individu soit décédé à la trentaine ou quarantaine, et qu'il ait été porteur d'une difformité du crâne d'origine congénitale.
Cro-Magnon n'est pas mort tout de suite
Après moult analyses poussées de la fracture qui interrogent les chercheurs depuis 150 ans, l'étude tend à démontrer que la blessure a été infligée du vivant de l'individu mais que la mort serait survenue au moins un mois après avec une cicatrisation incomplète au moment du décès. Une blessure qui a pu être à l'origine de graves troubles cérébraux en réponse à un tel choc. De plus, l'ensemble de l'étude va dans le sens d'une blessure qui découle d'un coup porté, et non d'un accident. Les autres individus découverts dans l'abri ne portent pas de fractures similaires, ce qui éloigne l'hypothèse d'une tuerie de masse.
Le défunt a été inhumé dans une tombe avec une forte présence d'ocre rouge, nettement supérieure aux normales de cette période. L'ocre se retrouve dans de nombreuses tombes du Paléolithique supérieur mais ici, sa présence est bien plus importante, faisant écho à d'autres cas, en particulier celui de Sunghir en Russie. L'ensemble de ces éléments interrogent à propos des considérations liées au statut et à la santé pour ces périodes se traduisant en contexte funéraire. L'ensemble de ces éléments, font de l'inhumation de « Cro-Magnon 2 » une situation toute particulière, le coup reçu ayant été volontairement porté.
Violence préhistorique ?
Si le grand public peut encore être marqué par l'image véhiculée ces derniers siècles sur nos ancêtres, habillés en peaux de bête se frappant avec des massues et traînant leurs femmes par les cheveux, il faut tout de même prendre en considération ce que la science permet d'avancer ou non sur les comportements anciens. Les études de terrain et les analyses poussées comme celles-ci permettent de collecter des cas et de tenter de dresser des hypothèses. Néanmoins, concernant les peuples de la préhistoire, il est important d'être dans l'absolu prudent sur les interprétations concernant leur façon de vivre au quotidien.
Ici, on en apprend plus sur le soin apporté par les vivants au mort, tant au moment de son trépas qu'au moment de son inhumation. Cela ne donne pas davantage d'indications ni sur la temporalité d'un rite en amont de l'inhumation s'il y en a eu un, ni de la division genrée des tâches autour du décès. Quant aux questions sur la violence préhistorique, la communauté scientifique continue à travailler sur cette question. Cette notion est toujours très débattue, et là aussi sujette à de nombreux échanges entre spécialistes. La préhistoire est loin d'être une page tournée au regard de l'intérêt que le public exprime pour cette période, ainsi que les nombreuses études qui existent venant remettre en question parfois ce que l'on pensait savoir sur des périodes encore pleines de zones d'ombre.
Source : Futura du 20/03/2023
vendredi 10 mars 2023
Qui étaient vraiment les Néandertaliens ?
Disparus il y a près de 40 000 ans, ces anciens hominidés étaient autrefois réduits au statut de brutes épaisses, mais les récentes découvertes suggèrent une plus grande proximité avec notre espèce.
En 1856, lorsque les ouvriers d'une carrière de la vallée de Néander en Allemagne tombent sur un ensemble d'os fossilisés, ils pensent avoir exhumé le squelette d'un ours. Ils n'ont pas conscience que leur découverte est sur le point de changer le cours de l'histoire : les traces d'un ancêtre de l'Homme disparu il y a près de 40 000 ans.
Les chercheurs ne mettront pas longtemps à réaliser qu'ils ont déjà croisé le chemin de cette espèce à travers des fossiles mis au jour au cours du 19e siècle, mais mal identifiés. La découverte a insufflé un nouvel élan aux scientifiques avides d'explorer de nouvelles théories évolutionnistes, déclenchant une véritable chasse aux fossiles à travers le monde et captivant le grand public avec l'idée d'une mystérieuse espèce parente qui aurait un jour dominé l'Europe.
Baptisés Homo neanderthalensis par le géologue William King en 1864, les Néandertaliens restent à ce jour nos plus proches parents. Voici ce qu'il y a à savoir sur ces ancêtres de l'Homme, de la façon dont ils ont vécu aux conditions qui ont causé leur perte.
À quoi ressemblaient-ils ?
À première vue, les os fossilisés des Néandertaliens sembleraient presque humains. Il existe toutefois quelques caractéristiques qui différencient cette espèce disparue de l'Homo sapiens moderne.
Ce portrait d'une néandertalienne a été reconstitué à l'aide de données ADN. Les Néandertaliens ressemblaient aux humains modernes, avec une proéminence du bourrelet sus-orbitaire, une dentition large et de grands yeux. Ils auraient également été plus intelligents que ne le laissait entendre la recherche jusqu'à présent.
Outre leur ressemblance avec l'Homme, les Néandertaliens présentaient une proéminence du bourrelet sus-orbitaire, une dentition large et de grands yeux. D'après les chercheurs, ils possédaient un cerveau de taille semblable au nôtre, avec une forme plus allongée. Même si la taille et la structure des cerveaux néandertaliens font encore l'objet de débats, il est désormais admis que le néandertalien moyen mesurait entre 164 et 168 centimètres pour l'homme, et entre 152 et 156 cm pour la femme.
Ces hominidés vivaient autrefois à travers l'Eurasie. Selon les scientifiques, les Néandertaliens auraient développé une musculature compacte et massive pour s'adapter aux climats relativement froids de la région. Dans ces conditions, leur survie aurait nécessité un régime alimentaire de 4 480 calories par jour.
La vie du Néandertalien était essentiellement rythmée par la chasse aux mammouths, aux éléphants et aux rhinocéros à laine ou autres représentants de la mégafaune. Nos ancêtres vivaient et voyageaient en groupe, ils utilisaient divers outils, notamment des lances pour satisfaire leur régime riche en viande. Ils se nourrissaient également de plantes, signe que l'Homme de Néandertal « mangeait probablement ce qui était à sa portée en fonction de la situation, de la saison et du climat, » comme le suggère Ainara Sistiaga, géobiologiste au Massachusetts Institute of Technology (MIT), aux États-Unis.
Parfois, cela impliquait également de jeter leur dévolu sur leurs propres congénères. En 2016, une équipe de scientifiques étudiant des ossements néandertaliens dans une grotte belge a découvert les « preuves attestant clairement de la pratique du cannibalisme chez les Néandertaliens en Europe du Nord. »
Étaient-ils intelligents ?
À l'origine, les chercheurs présumaient que l'Homme de Néandertal était une brute épaisse dotée d'une intelligence rudimentaire et d'un sérieux penchant pour la chasse sanguinaire. Cependant, face à l'accumulation des preuves démontrant des caractéristiques étonnamment humaines, certains chercheurs ont fini par changer d'avis sur la question.
À l'origine, les chercheurs présumaient que l'Homme de Néandertal était une brute épaisse dotée d'une intelligence rudimentaire et d'un sérieux penchant pour la chasse sanguinaire. Cependant, face à l'accumulation des preuves démontrant des caractéristiques étonnamment humaines, certains chercheurs ont fini par changer d'avis sur la question.
Les Néandertaliens utilisaient des outils à la chasse ou dans un contexte domestique. Ils taillaient des pierres pour créer des armes, des grattoirs ou des haches. Le travail du bois était également répandu, notamment pour fabriquer des lances ou des outils pour creuser.
Les Néandertaliens auraient également utilisé les peaux des animaux pour créer des vêtements qui pouvaient couvrir jusqu'à 80 % de leurs corps. À l'instar des humains, ils couvraient aussi leurs pieds et d'autres parties sensibles du corps mais puisque les vêtements n'ont pas résisté à l'épreuve du temps, les chercheurs ne peuvent qu'émettre des hypothèses sur la façon dont ils s'habillaient.
Autre découverte majeure : les Néandertaliens étaient capables de pensée symbolique, comme en témoignent les phalanges d'aigle décorées mises au jour sur certains sites archéologiques, ainsi que d'autres objets probablement utilisés lors de rituels funéraires, autant de preuves, selon certains, de l'existence d'une forme avancée de pensée et de tradition. Puis, en 2018, des chercheurs ont annoncé la découverte de peintures rupestres, les plus anciennes du genre, remontant à 65 000 ans. Cependant, la nature abstraite de l'œuvre continue d'alimenter le débat au sein de la communauté scientifique sur les véritables aptitudes mentales des Néandertaliens.
Pourquoi ont-ils disparu ?
Quoi qu'il en soit, les Néandertaliens ont connu un sort funeste et leur extinction est tout aussi controversée que les autres aspects de leur vie. Les scientifiques s'interrogent encore sur les conditions qui ont entraîné la disparition de l'espèce il y a environ 40 000 ans.
Les chercheurs ont connaissance de quelques cas de coexistence et parfois même d'accouplement entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens, apparu en Afrique il y a environ 300 000 ans. Ce mélange des espèces implique que certains humains modernes descendent des Néandertaliens, bien que les humains aient fini par emporter la bataille génétique. Selon certains scientifiques, l'extinction de l'Homme de Néandertal serait le fruit de la concurrence avec les humains pour la nourriture et l'habitat, ou de la sélection naturelle des caractères humains avantageux. Pour d'autres, les Néandertaliens auraient fini par être en minorité face aux humains à cause de leur tendance à vivre en petit groupe.
Une troisième hypothèse implique le changement climatique : les scientifiques ont documenté une vague de froid qui coïnciderait avec l'extinction des Néandertaliens il y a environ 40 000 ans. Pendant près de mille ans, le phénomène aurait plongé l'Europe centrale dans un climat capable de décimer l'espèce. L'impact aurait été moins sévère dans les régions peuplées par Homo sapiens et, selon les partisans de cette théorie, les humains auraient ensuite investi les régions autrefois peuplées par les Néandertaliens pour devenir l'espèce dominante à travers le monde.
Vient ensuite la théorie des armes : les premiers humains auraient vaincu les Néandertaliens car ils étaient tout simplement mieux armés.
ADN néandertalien
Malgré l'effondrement de leur espèce, il subsiste des traces fascinantes des Néandertaliens dans le patrimoine génétique de certains humains modernes. Jusqu'à 4 % de l'ADN des humains sans ascendance africaine peut être lié aux Néandertaliens, ce qui soutient la thèse de l'accouplement entre les deux espèces.
« Ironiquement, compte tenu de l'actuelle population mondiale estimée à 8 milliards d'individus, il n'y a jamais eu autant d'ADN néandertalien sur Terre, » peut-on lire dans un article signé par Peter C. Kjærgaard, Mark Maslin et Trine Kellberg Nielsen, trois spécialistes de la préhistoire.
Il y a si longtemps que l'Homme de Néandertal n'a plus foulé l’Eurasie qu'il est désormais impossible de répondre avec certitude à toutes nos interrogations. Malgré cela, le mystère qui entoure ces ancêtres de l'Homme et la fascinante perspective d'une proximité avec notre espèce continuent à ce jour d'alimenter la recherche… et la controverse.
Source : National Geographic du 09/03/2023
mercredi 8 mars 2023
Homo erectus était bien un omnivore opportuniste
L’analyse de la concentration de certains éléments chimiques dans l’émail des dents a permis de caractériser précisément le régime alimentaire de ce représentant du genre Homo en Indonésie durant le Pléistocène.
Depuis que Gustav von Koenigswald (1902-1982) y a découvert de spectaculaires restes d’Homo erectus, le dôme de Sangiran, sur l’île de Java, est célèbre. Avec ses collègues, Jülide Kubat, de l’université Paris Cité et de l’institut Senckenberg à Francfort, a comparé le comportement alimentaire d’H. erectus de Sangiran à celui d’autres mammifères de Java pendant le Pléistocène, notamment à celui de cet autre hominidé qu’est l’orang-outan.
Les chercheurs ont mesuré les rapports strontium/calcium (Sr/Ca) et baryum/calcium (Ba/Ca) dans l’émail dentaire, dont les variations enregistrées pendant la croissance traduisent les comportements alimentaires avec une résolution inférieure à la semaine. Pour l’orang-outan, elles revèlent des cycles saisonniers d’environ trois mois marqués par des pics élevés du rapport Sr/Ca, ce qui reflète une consommation contrastée de nourriture végétale entre la période de mousson et la saison sèche.
En revanche, chez H. erectus, les variations intra-annuelles du rapport Sr/Ca sont moins accentuées que chez l’orang-outan. Par ailleurs, le rapport des isotopes stables du carbone (13C/12C) indique une alternance entre un régime à base de plantes en C4 – fournissant davantage d’énergie, car exploitant mieux la photosynthèse, et typiques de la saison de mousson – et un mélange de plante en C4 et de plantes en C3 – fournissant moins d’énergie, car exploitant moins bien la photosynthèse, et plus coriaces, typiques de la saison sèche.
En outre, même si le degré de carnivorie est normalement indiqué par des analyses des isotopes stables de l’azote, le ratio Sr/Ca est aussi un bon indicateur de la position d’un animal dans la chaîne alimentaire. Or les valeurs plutôt basses de ce ratio chez l’H. erectus sont comparables à celles des félidés (carnivores) et des suidés (omnivores), alors que les purs herbivores, tels les cervidés et les rhinocéros, sont caractérisés par des valeurs de Sr/Ca bien plus élevées, comparables à celles de l’orang-outan.
Toutes ces observations vont dans le sens d’un régime omnivore pour H. erectus, incluant non seulement des fruits, des graines et des racines, mais aussi de la viande et des proies aquatiques. Une tendance à l’omnivorie opportuniste qui fut caractéristique de toutes les espèces humaines au cours du Pléistocène (2,58 millions d’années à 11 700 ans avant le présent), c’est-à-dire pendant pratiquement toute la période d’évolution du genre Homo.
Source : Cerveau & Psycho du 08/03/2023
jeudi 16 février 2023
Ces outils ont 3 millions d’années et n’auraient pas été fabriqués par nos ancêtres
Des éléments de preuve suggèrent que les paranthropes (Paranthropus), des cousins des humains, se servaient d’outils. Jusqu’alors, les scientifiques croyaient qu’ils ne se servaient que de leurs dents et de leurs mâchoires pour manger.
Sur un site fouilles du sud-ouest du Kenya, des archéologues ont découvert des outils caractéristiques en pierre qui pourraient avoir été fabriqués il y a trois millions d’années et de fait être les plus anciens de ce type à avoir jamais été mis au jour.
Plus surprenant encore, les outils dont il est question ont été découverts près de fossiles de paranthropes (Paranthropus), des homininés qui ne sont pas des ancêtres des humains d’aujourd’hui.
Ces découvertes renforcent les théories selon lesquelles des homininés extérieurs au genre Homo ont utilisé des outils en pierre. Elles repoussent également de plusieurs milliers d’années la date de l’apparition de la technique oldowayenne, une méthode de fabrication d’outils est-africaine qui remonte au début du Paléolithique.
D’après la paléoanthropologue Emma Finestone, conservatrice adjointe du service des origines humaines au Musée d’histoire naturelle de Cleveland, dans l’Ohio, on soupçonnait depuis plusieurs années déjà Paranthropus de s’être servi d’outils.
Mais l’idée était tombée en disgrâce, notamment parce qu’on considérait que les homininés du genre Homo qui, eux, se servaient bel et bien d’outils en pierre, étaient plus intelligents, et parce que Paranthropus avait des dents et des mâchoires larges qui laissaient penser qu’il n’avait peut-être pas eu besoin d’outils pour transformer ses aliments.
Mais avec cette nouvelle découverte, « là c’est bon, je change d’avis », capitule Emma Finestone, qui faisait partie de l’équipe qui a travaillé de 2014 à 2022 à Nyayanga, site archéologique du sud-ouest Kenya sur les rives du lac Victoria.
Un vaste amphithéâtre naturel gît là et est rempli d’outils de pierre, principalement fabriqués à partir de quartz et de rhyolites, et des os fossilisés d’animaux mangés par des homininés primitifs. Parmi ces outils, on trouve des morceaux tranchants ayant servi à découper et à racler ; le cœur des roches (le matériau de base) desquelles ils ont été extraits ; et les percuteurs utilisés pour marteler les roches.
Révolution technologique
Sur une période de plus de dix ans, l’équipe de recherche, dirigée par Thomas Plummer, a identifié plus de 300 outils oldowayens sur le site de fouilles ; en 2019, ils ont également découvert une dent de Paranthropus. Une deuxième dent provenant d’un spécimen de Paranthropus différent a depuis été mise au jour au milieu d’un « éparpillement » d’ossements d’hippopotames découpés.
La plupart des connaisseurs pensaient que Paranthropus ne se servait que de ses dents robustes pour manger, mais « voilà qu’on retrouve Paranthropus sur un site en compagnie d’outils de pierre et d’un hippopotame dépecé », s’étonne Thomas Plummer, professeur d’anthropologie au Queens College de l’Université de la ville de New York et auteur principal de l’étude parue le 9 février 2023 dans la revue Science.
Les chercheurs ne peuvent être certains que ces outils ont été fabriqués et utilisés par Paranthropus, car des homininés appartenant à d’autres genres (comme Homo habilis) fréquentaient également la région de Nyayanga. Mais il y a de fortes chances que ce soit le cas.
Les outils et les dents découverts à Nyayanga se trouvaient dans des sédiments vieux de 2,6 à 3 millions d’années. D’après Thomas Plummer, ces outils pourraient avoir été confectionnés il y a 2,9 millions d’années environ, ce qui correspond à la partie haute de cette estimation.
L’imposante roche sur la gauche a servi de matériau de base pour la fabrication d’artefacts oldoweyens. Des homininés ont martelé le corps de la pierre à l’aide de percuteurs afin d’en extraire des copeaux tranchants et d’en faire des outils.
Avant cela, les plus anciens outils oldoweyens connus dataient d’il y a 2,6 millions d’années et provenaient de la région d’Afar, en Éthiopie, à près de 1 300 kilomètres au nord.
Bien que certains outils en pierre encore plus anciens (3,3 millions d’années) aient été mis au jour sur un unique site du nord-ouest du Kenya, la conception d’outils oldoweyens plus petits et plus légers a été une révolution technologique.
Malgré leur apparence abrupte, les outils oldoweyens se sont propagés sur la plupart du continent africain et même en dehors, et des espèces du genre Homo ont continué à en fabriquer et à s’en servir plus d’un million d’années.
« Les outils oldoweyens sont une technologie très importante, affirme-t-il. C’est saillant à la fois dans l’espace et dans le temps. »
Il a bon espoir que de futures découvertes de fossiles Paranthropus scelle pour de bon l’idée selon laquelle cet homininé non Homo a pu fabriquer ces outils. En outre, il va falloir s’intéresser de nouveau à plusieurs sites datant d’époques ultérieures où des fossiles de Paranthropus ont été découverts : Paranthropus pourrait avoir créé ces outils, et non des individus du genre Homo comme on le pensait.
Dépeçage d'hippopotame
Selon Bernard Wood, paléoanthropologue de l’Université George-Washington, à Washington, qui n’a pris part à l’étude, le fait que des homininés dépeçaient des hippopotames à cette époque est un autre aspect intéressant des découvertes réalisées à Nyayanga.
Certains chercheurs ont émis l’hypothèse que le dépeçage d’animaux aussi imposants n’est intervenu que bien plus tard, après que les homininés sont devenus plus gros et plus doué pour la chasse.
« Personne ne dit qu’ils chassaient ces animaux imposants, mais peut-être qu’il leur arrivait de tomber dessus quand ils mouraient et qu’ils se rendaient compte que la chair et les os pouvaient leur servir, explique-t-il. On a pu spéculer sur la probabilité de ce fait mais là, il y a des preuves archéologiques tangibles. »
Neil Roach, biologiste de l’évolution humaine de l’Université Harvard qui n’a pas pris part aux recherches, ajoute que les grands singes et les singes d’aujourd’hui comme les capucins fabriquent des outils en pierre, et que l’on peut donc s’attendre à ce que des homininés non Homo aient se soient servis de tels objets.
« La vieille idée selon laquelle les outils seraient apparus avec Homo il y a environ deux millions d’années avait déjà fait long feu, et cela permet d’enfoncer encore un peu plus le clou », déclare-t-il.
Source : National Geographic du 15/02/2023








