samedi 13 février 2021

Masol

Masol est un site paléontologique et préhistorique des piémonts de l'Himalaya, au nord-ouest de l'Inde, dans l'État du Pendjab, à quelques kilomètres au nord de Chandigarh. Il est daté de la fin du Pliocène (autour de 2,7 millions d'années).

Un site paléontologique et préhistorique du Pliocène final

Les formations fossilifères se situent dans la chaîne frontale des Siwaliks, précisément dans une petite boutonnière géologique creusée autour du dôme d'un petit anticlinal d'origine tectonique et accessible par un oued saisonnier (ou choe), le Patiali Rao. Ces formations riches en fossiles appartiennent à la Formation Masol d'une puissance de 170 mètres minimum et datée du Tatrot final, c'est-à-dire de la fin du Pliocène. Les couches paléontologiques s'observent sur une cinquantaine de mètres d'épaisseur seulement. Elles sont composées de sables grésifiés en alternance avec des limons, inclinés en direction du dôme. La Formation Masol est continuellement incisée par un réseau hydrographique formé de ravines et de ruisseaux, des fossiles sont visibles en place dans les sections naturelles mais la majorité est collectée sur les affleurements lessivés par les pluies de mousson. Ces limons et sables fossilifères sont connus des paléontologues depuis les années 19102, ils ont été étudiés par les géologues indiens dans les années 1960 qui leur ont donné le nom de zone Quranwala, attribuant les assemblages fauniques à la période de transition entre le Pliocène et le Pléistocène : « Sahni and Khan (1964) were the first to call these as “Tatrot beds”. » L'âge Pliocène final, reconnu par les géologues du Geological Survey of India, fut ensuite confirmé par paléomagnétisme dans les années 1990, situant le sommet de la zone Quranwala sous l'inversion Gauss-Matuyama, et sa base à 140 mètres au moins sous cette limite Tertiaire-Quaternaire, soit à plus de 2,6 millions d'années. Comme dans tout site paléontologique, les fossiles sont récoltés régulièrement sur les affleurements fossilifères. Leur abondance à Masol s'explique par l'érosion intense due aux pluies de mousson, combinée à la tectonique des plaques en compression (surrection de la chaîne himalayenne), leur origine stratigraphique étant strictement limitée à la zone Quranwala, les milliers de fossiles collectés par les géologues-paléontologues sur ses affleurements, sont devenus une référence internationale pour la période de transition plio-pléistocène en Asie ; les fossiles sont conservés dans les collections du département de géologie de l'Université Panjab de Chandigarh, leur âge géologique est de ce fait bien connu. Cette faune est composée en majorité d'espèces d'herbivores terrestres et aquatiques comme le Stégodon et l'Hexaprotodon, vivant en bordure d'une ancienne rivière himalayenne ou de marais avoisinants.

L'équipe de fouilles est issue du Département Homme et Environnement du Muséum national d'histoire naturelle (UMR 7194 CNRS, Paris), dirigée par la paléoanthropologue Anne Dambricourt-Malassé, en partenariat avec la Society for Archaeological and Anthropological Research de Chandigarh, fondée par le préhistorien indien Mukesh Singh, et deux géologues de l'Université Paris-Sud, Alina Tudryn et Julien Gargani. Depuis 2008, plus de 200 outils en quartzite (choppers, éclats, enclumes, nucléus, percuteurs) ont été collectés en 12 localités exclusivement fossilifères (et non pas dispersés de manière aléatoire sur les 170 mètres de sables et de limons du dôme, la séquence sédimentaire fossilifère continue n'en formant que 40). Les artefacts se récoltent soit sur les limons fossilifères fraîchement érodés, soit dans leurs colluvions (mélanges des limons en cours d'érosion et des sables érodés qui les recouvrent). Le premier chopper in situ a été dégagé en 2017 dans les plus anciens limons fossilifères en place.

La correspondance lithostratigraphique entre la limite Plio-Pléistocène supposée par les géologues, d'une part, et celle identifiée par le paléomagnétisme, d'autre part, a été testée. En effet, seule la limite lithostratigraphique était indiquée sur l'unique carte géologique de Sahni et Khan datant de 1968 et c'est elle qui permettait de mesurer la profondeur des vestiges d'activités anthropiques sous la transition Tertiaire/Quaternaire. Elle a été invalidée en 2017 par les nouvelles mesures du paléomagnétisme indiquant une polarité toujours normale (Gauss donc Pliocène). Les traces de boucherie et le premier chopper en place sont donc plus profondément enfouis sous la limite Plio-Pléistocène que ne le laissait entendre la carte géologique, c'est-à-dire plus de 140 mètres sous cette limite qui reste à identifier.

21 traces de découpes et de percussion sur 4 fossiles d'au moins 2,6 millions d'années

Quatre fossiles d'herbivores portant des traces de boucherie (section de tendons et percussion des os) ont été découverts en 2009, 2011 et 2017 par l'équipe franco-indienne (UMR 7194 CNRS/SAAR). Les traces sont caractéristiques de découpe de tendons et de fracture sur os frais, faites par des tranchants de pierre en quartzite. On a trouvé aussi des outils (galets taillés, choppers, éclats, enclumes, percuteurs, nucléus) dans, et sur les sédiments en cours d'érosion de la séquence la plus profonde de la zone Quranwala. Tous les fossiles étudiés proviennent de cette petite formation géologique ; leur âge est donc supérieur à 2,6 Ma. Les recherches de terrain se poursuivent sous le parrainage d'Yves Coppens, dans le cadre de la "Mission préhistorique française en Inde", financée par le Ministère des affaires étrangères et du développement international (MAEDI) de 2012 à 2014, puis en 2017 par l'UMR 7194 du CNRS et l'ambassade de France à New Delhi. Les analyses en laboratoires se poursuivent en 2018 et 2020 en France (UMR 7194 CNRS, GEOPS, CEREGE).

La découverte a été publiée en 2016 sous forme de 10 articles en anglais, dans un numéro thématique "paléontologie et théorie de l'évolution" des Comptes-rendus de l'Académie des sciences de l' Institut de France, avec une préface d'Yves Coppens,

La conservation des traces est suffisante pour être étudiée à très haute résolution. Leur étude sur les trois premiers fossiles a été réalisée grâce aux nouvelles techniques d'acquisition des images, à de hautes échelles de résolution, avec le microscope dynamique 3D du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) et la microtomographie de la plateforme AST-RX du Muséum national d'Histoire naturelle. Elles permettent de pallier les difficultés rencontrées jusqu'alors, lorsque la surface du fossile est usée, et elles ajoutent de nouvelles informations moins perceptibles à l’œil nu. L'imagerie a donc permis de vérifier l'origine lithique des traces. Celles d'un métapode découvert en 2011 sont très bien conservées ; l'image illustre la couverture du volume des comptes-rendus de l'Académie des sciences. Elles sont bien visibles à l’œil nu, car elles sont profondes, rapprochées, superposées et se terminent par un grand éclatement de la surface de l'os et sa fracturation. Elles correspondent à des percussions. D'autres sur un tibia découvert en 2009 ont gagné en précision ; deux d'entre elles ont permis de constater des mouvements précis du poignet ; elles correspondent au détachement de ligaments. Celles d'un grand tibia de stégodon découvert en 2017 sont exceptionnellement bien conservées, car elles sont sur le périoste. Celui-ci s'érode en premier, ce qui peut expliquer la rareté des traces sur les anciens sites d'activités de boucherie.

L'origine intentionnelle des traces a donc été démontrée à l'aide de ces puissants microscopes, et leur état de conservation ne constitue donc pas un obstacle au diagnostic, comme le démontre leur description détaillée et illustrée par les imageries. Les références de l'étude des traces rappellent les articles dédiés à l'historique du site, et aux nouvelles mesures paléomagnétiques et à l'étude lithostratigraphique des localités réalisées au Muséum. Elles permettent de constater que la datation des fossiles est connue de longue date. Contrairement à de récentes affirmations précisément sans source bibliographique, l'âge des fossiles de la zone Quranwala est parfaitement bien daté de la fin du Pliocène, ces assemblages constituent une référence en Asie, et pour cette raison, l'âge des traces est reconnu par l'Académie des sciences de l'Institut de France.

En 2017, un total de 4 os fossilisés montre 21 traces de découpe ou de percussion. Le nombre de fossiles portant des traces n'étant pas un critère pour déterminer si elles sont intentionnelles, la provenance stratigraphique étant circonscrite à la zone Quranwala, les analyses ont conclu à des activités de charognage de type humain, à plus de 2,6 millions d'années, sur les berges des méandres de rivières provenant de l'Himalaya, après de puissantes inondations dues à la mousson et à l'origine des matières premières (galets de quartzite) transportées depuis les terrasses fluviales piémontaises.

« Ces traces de découpages de tendons et de viande sont incontestablement artificielles, c’est-à-dire faites par un être qui a manipulé avec une main. Ça aussi c’est incontestable : par l’allure des incisions, par la section des incisions. L’étude a été très bien conduite. C’est extrêmement intéressant, extrêmement important. C’est une très belle découverte, une très grande découverte, faite par des gens de très grande qualité. Les résultats ont été vus et revus, contrôlés, revisités, et tout à fait sérieux. »
— Yves Coppens, 24 mai 2016, Institut de Paléontologie Humaine, École doctorale du Muséum national d'Histoire naturelle et de l'Université Pierre et Marie Curie, Paris

Ces traces de boucherie indiquent que des hominines étaient présents à cette époque en Asie ; elles ne bouleversent pas l'âge pressenti de l'émergence du genre Homo, à 3 Ma au moins, mais le paradigme d'une première sortie d'Afrique à 2 Ma.

« Le genre Homo a dû émerger en Afrique plus tôt qu'on ne le pensait, il y a au moins 3 millions d'années (...) On observe une sortie des mammifères d'Afrique à cette époque, alors pourquoi l'humain n'aurait-il pas suivi ? »
— Yves Coppens, In Thomas Cavaillé-Fol, Science et Vie, 1198, juillet 2017

Qui sont les hominiens de Masol ?

Aucun paléontologue, ni aucune institution indienne, n'a jamais validé la découverte dans les limons pliocènes de Masol ou des environs, de fossiles publiés comme étant des restes humains de 3,4 Ma par un collecteur indien, ce sont des fossiles d'animaux, c'est la raison pour laquelle la découverte des traces de boucherie ne fait référence à aucun reste fossile. L'identité taxonomique des charognards est inconnue. De même aucun outil n'a jamais été signalé dans les limons de Masol avant les premières explorations franco-indiennes.

La première hypothèse d'une origine africaine des techniques de taille implique que les hominiens qui charognaient à Masol seraient des représentants d'une très ancienne espèce du genre Homo. Elle ouvre de nouvelles perspectives sur les premiers peuplements humains de l'Asie, notamment à la périphérie du plateau tibétain en formation, incluant la Chine. Elle implique une révision des paradigmes sur la sortie d'Afrique (qui, quand, comment, pourquoi). Si les hominiens de Masol correspondent à la plus vieille espèce du genre Homo, avec une sortie d'Afrique antérieure à 2,6 millions d'années, cela repousserait l'émergence du genre au-delà de 3 Ma, et cela supposerait une importante radiation géographique hors d'Afrique avant la fin du Pliocène.

L'hypothèse d'un foyer d'hominisation en Asie et correspondant à un autre hominien n'est pas exclue. En effet, Masol se situe à 80 km de formations miocènes de 8 Ma dans les piémonts himalayens, comprimés par la tectonique et ayant livré deux genres de grand singe de la sous-famille des Ponginae (Indopithecus et Sivapithecus), dont quatre espèces de Sivapithecus. Si l'une d'elles a une face supérieure semblable à l'Orang-outan (le Khoratpithèque est encore plus proche de l'Orang-outan actuel), celle des trois autres est inconnue. En outre, l'usage de tranchants lithiques, ou la fabrication d'enclumes, de nucléus et de galets aménagés, ne serait plus l'apanage du genre Homo, d'autres hominiens en étaient capables comme l'indiquent les sites de Dikika et de Lomekwi 3, en Afrique orientale.

D'autres taxons sont connus en Asie orientale depuis 1975 comme le Lufengpithèque (Chine du Sud, 11 à 6 Ma, bipédie occasionnelle nettement affirmée par sa tête fémorale) et de Meganthropus palaeojavanicus (Java, 1,6 Ma), qui pourraient être des représentants des Homininae et non plus des Ponginae. Le Dryopithecus wuduensis, découvert au Gansu (Chine du Nord) est un Cercopithécoïde.

Les plus vieux outils connus à ce jour qui soient contemporains du genre Homo ont été découverts à Kada Gona en Éthiopie. Comme certains outils de Masol, ils ont été collectés initialement sur des sédiments fraichement érodés, avant d'être découverts en place et associés à des traces de boucherie. Ces assemblages sont néanmoins plus récents (2,55 Ma), car ils sont situés juste au-dessus de la limite plio-pléistocène (2,58 Ma).

En novembre 2018, l'annonce de la découverte d'un fragment de maxillaire a bouleversé la distribution géographique des grands singes fossiles vivant sur le sous-continent indien, on les croyait cantonnés aux plaines sous-himalayennes alors qu'en réalité il y a 11 millions, ils vivaient également 1000 km plus au sud, à moins de 50 km de la mer d'Arabie. La densité et la diversité des populations des grands singes du sous-continent était plus étendues que ne laissait paraître la rareté des terrains fossilifères, ce qui fragilise l'exclusion de toutes les espèces de grand singes asiatiques des processus d'hominisation.

Il est prévu d'intensifier les recherches à Masol afin de découvrir d'autres outils en place, et au moins un fossile d'hominien permettant de connaître son identité taxonomique.

Source : Wikipedia

Premières migrations humaines hors d'Afrique

Plusieurs migrations d'Afrique vers l'Eurasie d'espèces humaines archaïques (appartenant au genre Homo) ont eu lieu au cours du Paléolithique inférieur et au début du Paléolithique moyen, de 2,1 à 0,2 millions d'années (Ma). Ces migrations sont appelées « Out of Africa I » pour les différencier de celles, également de l'Afrique vers l'Eurasie, d'Homo sapiens, qui ont commencé il y a au moins 200 000 ans et qui sont connues sous le nom de « Out of Africa II ».

Les traces les plus anciennes d'une présence humaine ou pré-humaine en dehors de l'Afrique remontent à 2,1 Ma ; il s'agit d'outils découverts en Chine. Les restes fossiles humains les plus anciens hors d'Afrique datent, quant à eux, de 1,77 Ma. Ce sont ceux découverts à Dmanissi, en Géorgie, attribués à Homo georgicus.

D'autres vagues de migration se sont produites ultérieurement, notamment celles d'Homo heidelbergensis il y a peut-être 800 à 700 ka (il s'agit de groupes de culture acheuléenne).

Premières dispersions

La plus ancienne présence humaine ou pré-humaine connue en dehors de l'Afrique remonte à plus de 2 millions d'années. Selon une étude parue dans la revue Nature en 2018, des outils découverts en Chine dans le vaste plateau de Lœss, à Shangchen, attestent une présence humaine dans le centre de la Chine dès 2,12 Ma ; ces outils archaïques ont fait l'objet d'une datation magnétostratigraphique.

Homo floresiensis (l'Homme de Florès, en Indonésie) descendrait de cette migration précoce. La question de savoir si ces premiers Homo quittant l'Afrique sont des Homo habilis, ou une forme d'Homo précoce, ou d'Australopithèque tardif étroitement liée à Homo habilis, ou encore une forme très précoce d'Homo erectus, n'est pas tranchée. Dans tous les cas, la morphologie de Homo floresiensis a montré une grande similitude avec Australopithecus sediba, Homo habilis et Homo georgicus, ce qui conduit à envisager la possibilité que les ancêtres de Homo floresiensis aient quitté l'Afrique avant l'apparition de Homo erectus. Une analyse phylogénétique publiée en 2017 suggère que Homo floresiensis descend d'une espèce (vraisemblablement australopithécine) ancestrale d'Homo habilis, ce qui en ferait une "espèce sœur" d'H. habilis, et sa lignée serait plus ancienne que Homo erectus lui-même. Sur la base de cette classification, H. floresiensis est supposé représenter une migration jusque-là inconnue et très précoce hors d'Afrique.

Homo erectus

Homo erectus apparaît en Afrique il y a 2 millions d'années. La première preuve connue de H. erectus africain, surnommé Homo ergaster, est un seul os occipital (KNM-ER 2598), décrit comme «semblable à H. erectus», et daté d'environ 1,9 Ma. Le fossile suivant disponible est daté de 1,6 million d'années, il s'agit du crâne KNM-ER 37337. Les premiers H. erectus auraient coexisté avec Homo habilis en Afrique de l'Est pendant près d'un demi-million d'années.

En Asie

Le premier site eurasien est Dmanissi, en Géorgie, daté de manière incontestée de 1,77 Ma.

Selon une étude publiée en 2020, à Sangiran, à Java, en Indonésie, les plus anciens fossiles présumés humains datent d'environ 1,3 million d'années.

Ferring et ses collègues (2011) suggèrent que c'est encore Homo habilis qui a atteint l'Asie occidentale et que H. erectus s'y est développé. H. erectus se serait alors dispersé d'Asie occidentale, en Asie de l'Est (Homme de Pékin), en Asie du Sud-Est (Homme de Java).

En Afrique du Nord, le plus ancien site est Aïn Boucherit, dans le nord de l'Algérie (environ 2 millions d'années), qui a livré des outils oldowayens.

En Europe

En Europe, le premier site est Barranco León, dans le sud-est de l'Espagne daté de 1,4 Ma, et un site controversé, Pirro Nord, dans le sud de l'Italie, daté de 1,6 à 1,3 Ma. La paléobiogéographie des premières dispersions humaines dans l'ouest de l'Eurasie caractérise Homo erectus comme sténobiote (qui a besoin d'un milieu externe stable), sensible à la température ; il n'a pas réussi à se disperser au nord de la ceinture alpine. La plaine de Pannonie, située au sud-ouest des Carpates, était apparemment caractérisée par un climat relativement chaud similaire à celui de la zone méditerranéenne, tandis que le climat de la zone paléobiogéographique d'Europe occidentale était atténué par l'influence du Gulf Stream et pourrait soutenir les dispersions épisodiques des hominines vers la péninsule Ibérique.

Il y a 1 Ma, Homo erectus s'était propagé à travers l'Eurasie ; il était limité principalement aux latitudes au sud du 50e parallèle nord. Il est difficile de dire si la colonisation a été continue en Europe occidentale, ou si des vagues successives ont repeuplé le territoire lors d'intermédiaires glaciaires.

Navigation

La présence de restes humains du Paléolithique inférieur dans les îles indonésiennes est une bonne preuve de la pratique de la navigation par Homo erectus à la fin du Pléistocène inférieur. R. G. Bednarik suggère que la navigation est apparue il y a 1 Ma, peut-être pour exploiter les zones de pêche hauturière. Il a reproduit un radeau dirigeable (orientable) primitif pour démontrer la faisabilité de la traversée du détroit de Lombok sur un tel appareil, traversée qui aurait été effective selon lui avant 850 000 ans. Le détroit a conservé une largeur d'au moins 20 km pour l'ensemble du Pléistocène.

Une telle réalisation par Homo erectus au Pléistocène inférieur donne une certaine force à l'hypothèse de ces routes d'eau hors d'Afrique, car les routes de sortie par Gibraltar, la Sicile et Bab-el-Mandeb sont plus difficiles et incertaines, les modes de navigation qu'elles impliquent sont jugées au-delà des capacités de l'Homo erectus.

Homo heidelbergensis

Les humains archaïques en Europe apparaissent il y a environ 800 000 ans ; il s'agit de groupes de culture acheuléenne maîtrisant l'industrie du hachereau, connus sous le nom d'Homo heidelbergensis. H. heidelbergensis, à partir d'environ 400 ka, développe sa propre industrie caractéristique, connue sous le nom de Clactonien.

Homo sapiens

Homo sapiens apparaît en Afrique il y a environ 300 000 ans. La première vague de migrations de Homo sapiens hors d'Afrique (appelée Out of Africa II") et la plus ancienne présence de H. sapiens en Asie occidentale, peut dater de 300 000 à 200 000 ans. La recherche génétique indique également qu'une vague de migrations plus tardive de H. sapiens (de 70 000 à 50 000 ans) d'Afrique est responsable de la plupart de l'ascendance des populations non africaines actuelles.

Routes de sortie

En ce qui concerne l'itinéraire emprunté de l'Afrique vers l'Asie occidentale le corridor terrestre du Levant et le détroit de Bab-el-Mandeb apparaissent comme les deux voies de passage les plus probables. Le détroit de Bab-el-Mandeb relie la Corne de l'Afrique et l'Arabie, et peut avoir permis un passage maritime moins long pendant certaines périodes du Pléistocène. Un autre itinéraire possible est le détroit de Gibraltar. Une route à travers le détroit de Sicile a été suggérée dans les années 1970 mais elle est maintenant considérée comme peu vraisemblable.

Couloir levantin

L'utilisation par les humains du corridor levantin, reliant l' Égypte via la péninsule du Sinaï à la Méditerranée orientale, a été associée au phénomène de hausse et de baisse de l'humidité de la ceinture désertique de l'Afrique du Nord, connue sous le nom d'effet de pompe du Sahara. Les nombreux sites du Levant, comme Ubeidiya et la grotte de Misliya, sont utilisés comme indicateurs de cette route de migration.

Corne de l'Afrique vers l'Arabie (Bab el-Mandeb)

Bab-el-Mandeb est un détroit de 30 km entre l'Afrique de l'Est et la péninsule arabique, avec une petite île, Périm, 3 km au large de la rive arabe.

Le lien terrestre avec l'Arabie a disparu au Pliocène, et bien qu'il ait pu se reformer brièvement, l'évaporation de la mer Rouge et l'augmentation associée de la salinité auraient laissé des traces dans les archives fossiles après seulement 200 ans, et des dépôts d'évaporite après 600 ans. Aucun dépôt de ce type n'a été détecté. Un fort courant s'écoule de la mer Rouge dans l'océan Indien, et la traversée aurait été difficile sans connexion terrestre.

Le passage à travers le détroit de Sicile a été suggéré par Alimen (1975) sur la base de la découverte en 1973 d'outils de la tradition Oldowayenne en Sicile (du Paléolithique inférieur). Les datations radiométriques, cependant, n'ont pas été produites, et les artefacts découverts pourraient tout aussi bien être plus tardives, du Pléistocène moyen, et il est peu probable qu'il y ait eu un pont terrestre pendant le Pléistocène. Des outils de la tradition Oldowayenne sont signalés dans l'île Perim, ce qui implique que le détroit aurait pu être traversé au Pléistocène inférieur, mais ces découvertes n'ont pas encore été confirmées.

Détroit de Gibraltar

Dans le détroit de Gibraltar, situé entre l'Atlantique de la Méditerranée, les rives espagnoles et marocaines sont distantes de 14 km.

Au Pléistocène, la baisse du niveau de la mer due à la glaciation aurait réduit la distance entre les rives ; mais cette distance n'aurait pas été inférieure à 10 km. L'entrée en Eurasie par le détroit de Gibraltar pourrait expliquer les restes humains à Barranco León dans le sud-est de l'Espagne (1,4 Ma) et à Sima del Elefante dans le nord de l'Espagne (1,2 Ma). Mais le site de Pirro Nord dans le sud de l'Italie, daté en principe de 1,3 à 1,6 Ma, suggère une possible arrivée par l'Est. Les preuves sont insuffisantes pour répondre à ces interrogations.

Détroit de Sicile

Le passage à travers le détroit de Sicile a été suggéré par Alimen (1975) sur la base de la découverte en 1973 d'outils de la tradition Oldowayenne en Sicile (du Paléolithique inférieur). Les datations radiométriques, cependant, n'ont pas été produites, et les artefacts découverts pourraient tout aussi bien être plus tardives, du Pléistocène moyen, et il est peu probable qu'il y ait eu un pont terrestre pendant le Pléistocène.

Source : Wikipedia

Origine africaine de l'Homme moderne

En paléoanthropologie, l'origine africaine de l'Homme moderne est la théorie la plus communément admise pour décrire l'origine des populations humaines actuelles. Cette théorie porte aussi l'appellation anglaise Out of Africa II (deuxième sortie d'Afrique), pour la différencier de Out of Africa I, expression qui renvoie aux premières migrations des hominines hors d'Afrique au cours du Paléolithique inférieur et au début du Paléolithique moyen. Dans les milieux scientifiques elle porte aussi les noms d'« hypothèse d'une origine unique récente » (OUR), « hypothèse du remplacement » (HR), ou modèle de l'« origine africaine récente » (OAR).

Homo sapiens, apparu en Afrique, aurait évolué vers l'Homme moderne sur ce continent pendant une période allant d'environ 300 000 à 60 000 ans avant le présent. Les études génétiques indiquent que l'Homme moderne aurait ensuite quitté l'Afrique il y a entre 60 000 et 50 000 ans, et se serait répandu sur tous les continents en remplaçant les espèces humaines antérieures, comme l'Homme de Néandertal en Europe et l'Homme de Denisova en Asie, avec des épisodes d'hybridation limitée entre espèces.

Origine de l'homme moderne : monogénisme vs. polygénisme

Avec l'essor de l'anthropologie au début du XIXe siècle, un débat virulent opposa les tenants du monogénisme comme Johann Friedrich Blumenbach et James Cowles Pritchard, pour qui les différentes races humaines sont des variétés partageant une ascendance commune, et ceux du polygénisme tels que Louis Agassiz et Josiah C. Nott, qui soutenaient que les races humaines sont des espèces distinctes ou se sont développées comme espèces distinctes par transmutation à partir de singes, sans avoir d'ancêtres communs.

Vers le milieu du XXe siècle, de nombreux anthropologues s'étaient ralliés à la théorie du monogénisme, mais les partisans du polygénisme, comme Carleton Coon, demeuraient influents. Ce dernier émit en 1962 l'hypothèse d'une évolution indépendante et séparée d’Homo erectus vers Homo sapiens sur chacun des cinq continents.

Le polygénisme a ensuite cédé la place dans les années 1980 à la théorie de l'origine multirégionale de l'homme moderne, une version intermédiaire dans laquelle les cinq branches d'Homo erectus échangent des gènes tout au long de leur évolution avant de parvenir au stade final Homo sapiens.

Le développement de la génétique des populations dans les années 1980 et 1990 a permis de montrer l'origine commune et récente de toute l'humanité actuelle, avec un enracinement sur le continent africain, replaçant le monogénisme comme théorie centrale et quasi-consensuelle de l'origine de l'Homme moderne.

Premiers Homo sapiens

Homo sapiens est apparu en Afrique il y a au moins 300 000 ans, d'après les fossiles les plus anciens connus à ce jour, trouvés à Djebel Irhoud, au Maroc, et publiés en 2017 par Jean-Jacques Hublin. Homo sapiens aurait colonisé tout le continent avant de migrer hors d'Afrique.

Dans sa publication de 2017, Jean-Jacques Hublin défend l'idée d'une émergence d'Homo sapiens à l'échelle de l'ensemble du continent africain, selon une sorte de modèle multirégional limité à l'Afrique. Selon lui, l'arbre phylogénétique de l'humanité est un « arbre dont il manque de nombreuses branches » et la surreprésentation de certaines régions et périodes serait due avant tout à l'abondance de fossiles en Afrique orientale, région dont les conditions ont été propices à la conservation des ossements.

Le passage de l'industrie lithique acheuléenne aux industries dites de mode 3, qui s'est produit en Afrique à partir d'environ 400 000 ans avant le présent, témoignerait peut-être de la transition entre des formes humaines archaïques et les premiers Homo sapiens.

Fossiles d'Homo sapiens découverts en Afrique et datés de plus de 100 000 ans (non exhaustif)

  • Homme de Djebel Irhoud : 300 ka, Maroc
  • Homme de Florisbad : 260 ka, Afrique du Sud
  • Homme d'Eliye Springs : 200 à 300 ka, Kenya
  • Homme de Ngaloba (LH 18) : au moins 200 ka, Tanzanie
  • Homme de Kibish : 195 ka, Éthiopie
  • Homme de Guomde : plus de 180 ka, Kenya
  • Homme de Herto : 157 ka, Éthiopie
  • Homme de Singa : au moins 133 ka, Soudan

En 2019, une étude des paléoanthropologues français Aurélien Mounier (CNRS-MNHN) et argentine Marta Mirazón Larh (université de Cambridge), publiée dans la revue Nature, a recherché, parmi les plus anciens fossiles africains connus attribués à l'espèce Homo sapiens, lesquels préfiguraient le mieux la morphologie finalement acquise par l'Homme moderne. Ayant analysé de nombreux crânes d'hommes modernes, issus des différentes populations de la planète, cette étude propose une morphologie virtuelle du dernier ancêtre commun de l'humanité actuelle, et la compare, en morphométrie 3D, aux 5 crânes africains les plus complets datés d'au moins 200 000 ans : Irhoud 1 (Maroc), Florisbad (Afrique du Sud), Eliye Springs (Kenya), Omo Kibish 2 (Éthiopie), et LH 18 (Tanzanie). Le crâne de Florisbad est jugé le plus proche de notre ancêtre virtuel, devant celui d'Eliye Springs. Les trois autres crânes fossiles représenteraient des stades plus archaïques de l'espèce Homo sapiens.

Dans une synthèse publiée en 2016, le paléoanthropologue anglais Christopher Brian Stringer, du Musée d'histoire naturelle de Londres, rappelle l'existence, dans plusieurs régions d'Afrique, de fossiles humains récents qui ne sont peut-être pas attribuables à l'espèce Homo sapiens. Les fossiles d'Iwo Eleru (14 ka, Nigeria), de Lukenya Hill (22 ka, Kenya), et du lac Eyasi (7 fragments de crâne, environ 110 ka, Tanzanie), pourraient témoigner de l'existence de populations reliques en Afrique, tout comme l'Homme de Kabwe (environ 250 ka, Zambie), un peu plus ancien, holotype de l'espèce Homo rhodesiensis.

Ces deux études soulignent la grande diversité des morphologies relevées sur les différents fossiles africains datés sur une période allant du Pléistocène moyen tardif jusqu'au Pléistocène supérieur, ce qui pourrait refléter la coexistence de populations ou d'espèces morphologiquement distinctes en Afrique tout au long de cette période. Le modèle d'évolution applicable au Paléolithique moyen africain resterait alors un buissonnement évolutif, ce qui contredirait la théorie de l'origine multirégionale de l'homme moderne à l'échelle du continent, telle que proposée par Jean-Jacques Hublin, si on donne à cette théorie le sens qu'elle a à l'échelle de la planète.

Il est aussi possible d'envisager cette théorie sous une version intermédiaire, consistant à imaginer un chemin évolutif se déroulant successivement dans plusieurs régions d'Afrique, avec de possibles apports génétiques de populations plus archaïques le long du chemin. Dans cette vision, l'Homme moderne n'émergerait pas d'un foyer régional unique, mais par accrétion successive de caractères acquis à différents moments et dans différentes régions du continent. Ce chemin évolutif laisserait derrière lui différentes populations ou espèces humaines archaïques ayant coexisté un certain temps avec la lignée pionnière, avant de finalement s'éteindre peu avant ou durant le Pléistocène supérieur.

Premières sorties d'Afrique

Un fragment de calotte crânienne fossile, noté Apidima 1, fut découvert en 1978 dans la Grotte d'Apidima, située dans le sud du Péloponnèse, en Grèce. Grâce à l'imagerie virtuelle par tomodensitométrie, l'analyse du fossile en morphométrie 3D, soulignant notamment la rondeur de l'os occipital et l'absence de fosse sus-iniaque, a permis en 2019 de l'attribuer à Homo sapiens, avec une datation de 210 000 ans (datation par l'uranium-thorium). Cette datation reculerait de quelque 160 000 ans l'âge de l'arrivée des premiers Homo sapiens en Europe.

Homo sapiens n'a pas pu à l'époque se maintenir en Europe où il a probablement été supplanté par l'Homme de Néandertal, mieux adapté au froid des cycles glaciaires successifs, avant que l'Homme de Cro-Magnon réussisse bien plus tard son implantation, à partir de 48 000 ans avant le présent.

Le second plus ancien fossile d'Homo sapiens trouvé hors d'Afrique, un demi-maxillaire avec ses huit dents, a été découvert en 2002 dans la grotte de Misliya, en Israël. Il a été daté en 2018 d'environ 185 000 ans. Des fossiles d'Homo sapiens avaient été mis au jour en Israël dès les années 1930, dans la grotte d'Es Skhul, datés d'environ 118 000 ans, et dans la grotte de Qafzeh, datés d'environ 92 000 ans. Sur les deux sites, les individus exhumés ont bénéficié de sépultures.

Ces premiers Homo sapiens trouvés hors d'Afrique n'auraient pas contribué au patrimoine génétique de l'humanité actuelle. Ils auraient profité d'une période interglaciaire pour s'étendre en dehors de l'Afrique, avant que le retour ultérieur d'une phase glaciaire conduise peut-être à leur retrait d'Eurasie, au profit de Néandertaliens venus du Nord.

Fossiles d'Homo sapiens découverts hors d'Afrique et datés de plus de 80 000 ans (non exhaustif)

  • Apidima 1 : 210 ka, Grèce
  • Homme de Misliya : 185 ka, Israël
  • Homme de Skhul : 118 ka, Israël
  • Homme de Zhiren : 110 ka, Chine
  • Homme de Qafzeh : 92 ka, Israël
  • Homme de Fuyan : au moins 80 ka, Chine

Néanmoins, les études de paléogénétique ont montré que les fondateurs de toutes les populations vivantes non africaines se sont étendues à partir de l'Afrique il y a environ entre 65 000 à 45 000 ans. Ce modèle de « dispersion tardive » avait été remis en question par la découverte d'humains anatomiquement modernes (AMH) isolés dans des grottes du sud de la Chine suggérée dès vers 120 000 ans. Une équipe de chercheurs a évalué l'âge des premiers fossiles d'AMH provenant de cinq grottes de cette région à l'aide d'une analyse ADN ancienne et d'une stratégie de datation géologique à plusieurs méthodes. Ceux-ci constatent que les fossiles étaient beaucoup plus jeunes que ce qui avait été suggéré précédemment, certains vestiges datant de l'Holocène en raison de l'histoire complexe des dépôts dans ces grottes subtropicales. Selon ces chercheurs, les preuves actuelles montrent que les AMH se sont installés dans le sud de la Chine dans le délai fixé par des données moléculaires inférieures entre 50 000 à 45 000 ans et pas plus tôt.

Dernière sortie d'Afrique

Il y a quelque 60 000 ans, un groupe de porteurs de l'haplogroupe mitochondrial L3 aurait migré d'Afrique orientale vers le Moyen-Orient.

Aujourd'hui le détroit de Bab-el-Mandeb, dans la mer Rouge, fait environ 20 kilomètres de largeur. Il y a 60 000 ans, lorsque le niveau de la mer était 70 mètres plus bas qu'aujourd'hui, il était beaucoup plus étroit. Bien que les détroits n'aient jamais été complètement fermés, il est possible qu'il y ait eu des iles qui pouvaient être atteintes avec de simples radeaux. Des tertres de coquilles datés de 125 000 ans ont été trouvés en Érythrée, indiquant que le régime alimentaire des premiers hommes incluait des fruits de mer obtenus par ramassage sur le rivage.

Certains chercheurs pensent que seules quelques personnes ont quitté l'Afrique dans le cadre d'une unique migration et qu'elles ont peuplé le reste du monde. Seul un petit groupe de près de 150 personnes aurait franchi la mer Rouge. C'est pourquoi, de tous les lignages présents en Afrique, seules les filles d'un seul lignage, L3, sont présentes hors d'Afrique. S'il y avait eu plusieurs migrations, on trouverait plus d'un lignage africain hors d'Afrique. Les filles du L3, les lignages M et N, sont peu fréquentes en Afrique subsaharienne (l'haplogroupe M1 est très ancien et diversifié en Afrique du Nord et en Afrique du Nord-Est) et semblent y être arrivées récemment. Une explication possible est que ces mutations se sont produites en Afrique de l'Est peu avant l'exode et, par effet fondateur, sont devenues les haplogroupes dominants après la sortie d'Afrique. Les mutations ont aussi pu se produire peu après la sortie d'Afrique.

D'autres chercheurs ont proposé un modèle de dispersion double selon lequel il y aurait eu deux sorties d'Afrique, dont l'une par la mer Rouge, qui se serait dirigée vers l'Inde en traversant les régions côtières (la route de la Côte), et qui serait représentée par l'Haplogroupe M. La seconde impliquerait un autre groupe, porteur de l'haplogroupe N, qui aurait suivi le Nil à partir de l'Afrique de l'Est, se dirigeant vers le nord et gagnant le Levant à travers le Sinaï. Puis, ce groupe se serait séparé dans plusieurs directions, certains allant en Europe et d'autres se dirigeant vers l'est, en Asie. Cette hypothèse tente d'expliquer pourquoi l'haplogroupe N est prédominant en Europe et pourquoi l'haplogroupe M y est absent. Cependant, une population de pionniers européens qui, initialement, possédait à la fois les haplogroupes M et N pourrait avoir perdu l'haplogroupe M en raison d'une dérive génétique accélérée par un éventuel goulet d'étranglement de population.

Les preuves d'une migration vers l'est par la côte d'Arabie ont pu être en partie détruites par la montée du niveau de la mer pendant l'Holocène.

Une calotte crânienne fossile d'Homo sapiens, notée Manot 1, découverte en 2008 dans la grotte de Manot, en Galilée occidentale (Israël), publiée en 2015 avec une datation de 54 700 ans +/- 5 500 ans avant le présent, est le plus ancien fossile de morphologie moderne trouvé à ce jour au Levant. Sa datation semble indiquer un probable contact des hommes modernes avec les populations néandertaliennes contemporaines du Levant, représentées par les fossiles néandertaliens de la grotte de Kébara, datés d'environ 60 000 ans, et de la grotte d'Amud, datés d'environ 55 000 ans. Selon les études génétiques, cette période correspond à l'époque estimée de l'hybridation des Néandertaliens avec les hommes modernes, juste après leur sortie d'Afrique. Cette découverte tend à appuyer la théorie d'une dernière sortie d'Afrique par le Levant plutôt que par la mer Rouge.

L'hypothèse d'une sortie d'Afrique il y a 60 000 ans serait corroborée par l'analyse du crâne d'Hofmeyr, appartenant à un Homo sapiens d'Afrique du Sud, daté de 36 000 ans, et étonnamment semblable aux crânes d'Européens du Paléolithique supérieur. Cette similitude suggère en effet que la population d’Afrique sub-saharienne dont l'Homme d'Hofmeyr était issu et les Européens du Paléolithique descendaient d'un ancêtre commun.

Source : Wikipedia

vendredi 12 février 2021

Protohistoire

Le terme « protohistoire » a un sens différent selon les auteurs. Retenons les deux principaux sens :

  • il désigne l'histoire des peuples sans écriture mais qui sont mentionnés dans les écrits d'historiens ou de chroniqueurs qui leurs sont contemporains. En Europe, c'est le cas de nombreux peuples ou ethnies mentionnés par les auteurs antiques (Grecs et Romains) ;
  • plus récemment, des chercheurs l'ont redéfini comme étant la période de la préhistoire où les hommes vivent de la production agricole, quelles que soient leurs techniques d'outillage. Cette nouvelle définition élargit donc la Protohistoire au Néolithique et aux âges des métaux (âge du bronze et âge du fer).

La protohistoire est aussi la science qui étudie respectivement l'une ou l'autre de ces périodes.

Source : Wikipedia

Âge du fer

L’âge du fer est une période archéologique caractérisée par l'usage de la métallurgie du fer et faisant généralement suite à l'âge du bronze. Cependant, les limites chronologiques de l'âge du fer varient considérablement selon l'aire culturelle et géographique considérée. Ainsi peut-il être considéré comme appartenant à la Préhistoire, à la Protohistoire ou l'Histoire selon les aires géographiques considérées.

L'âge du fer débute vers 1100 av. J.-C. dans le monde méditerranéen, vers 800 à 700 av. J.-C. dans le Nord de l'Europe et vers 1000 av. J.-C. en Afrique. Il correspond à la culture de Hallstatt et est suivi par La Tène, souvent appelée « second âge du fer ».

La métallurgie du fer nécessite une température plus élevée que celle du bronze, atteignable grâce à l'évolution technologique des fours.

Source : Wikipedia

Âge du bronze

L'âge du bronze est la période de la Protohistoire et de l'Histoire caractérisée par l'existence de la métallurgie du bronze, nom générique des alliages de cuivre et d'étain. L'âge du bronze succède au Néolithique final et précède l'âge du fer dans de nombreuses régions de l'Ancien Monde.

Schématiquement, dans les régions du monde où il est significatif et étudié (Moyen-Orient, Europe, Afrique du Nord, Asie), l'âge du bronze s'étend sur une période de près de deux mille ans, de 2700 à 900 av. J.-C., mais avec de grandes variations selon les aires géographiques considérées. En Amérique, les civilisations précolombiennes connurent une métallurgie de l'or et du cuivre jusqu'à la conquête espagnole, mais peu de métallurgie du bronze.

Source : Wikipedia

Un clairon préhistorique Magdalénien

Une conque modifiée datant de 18 000 ans découverte dans la grotte de Marsoulas servait aux chasseurs-cueilleurs à émettre des sons puissants.

Onze novembre 2020. Emmanuel Macron et deux militaires se raidissent au garde-à-vous devant la statue de Georges Clemenceau, le « père de la victoire » de la Première Guerre mondiale, tandis que résonne le clairon. L’esprit sacré républicain est célébré dans un rituel associant sons et images. Il y a quelque 18 000 ans, une scène comparable s’est peut-être produite devant le bison ponctué de la grotte de Marsoulas, en Haute-Garonne, à ceci près que le clairon était une conque marine.

Les Magdaléniens jouaient-ils de la conque devant le bison ponctué de la grotte de Marsoulas ?

Avec ses collègues chimiste, anthropologues, spécialistes de la perception du son, Carole Fritz, chercheuse CNRS à la maison des Sciences de l’homme de Toulouse, vient de réétudier cette conque – la coquille d’un triton à bosses (Charonias lampas) –, oubliée pendant quatre-vingts ans dans les collections du Muséum de Toulouse, après avoir été découverte à l’entrée de la grotte de Marsoulas en 1931. Occupée par des chasseurs du Magdalénien (18 000 à 12 000 ans avant le présent) cette grotte ornée est connue pour son magnifique bison gravé peint sous la forme d’un nuage de 320 points d’ocre rouge apposés avec le pouce.

La conque musicale de la grotte de Marsoulas. On aperçoit des traces d’ocre à l'intérieur du pavillon

Des ponctuations d’ocre sont également encore visibles à l’intérieur du pavillon de la conque. Le coquillage a été modifié à l’aide d’outils en pierre pour le transformer en un instrument à vent. Pour cela, l’artisan a fait sauter la pointe, puis retouché à petits coups l’embouchure de 3,5 centimètres de diamètre obtenue afin de l’égaliser. Une couche organique marron recouvre toujours l’embouchure, ce qui suggère que le facteur d’instrument y a fixé un tube – possiblement un os creux d’oiseau. Les parois des deux premières spires sont percées, sans doute pour pouvoir avancer le tube afin d’injecter l’air dans la partie médiane de la conque. Enfin, un trou de 3,5 centimètres de profondeur a été creusé à travers le pavillon.

Cette conque arrangée est-elle pour autant un instrument de musique ? Pour le vérifier, les chercheurs ont enregistré et analysé le son produit en soufflant dans l’embouchure (préalablement protégée). Un joueur de cor et musicologue spécialiste des instruments à vent a réussi à produire trois sons complexes composés d’une note fondamentale grave de fréquence inversement proportionnelle à la longueur de l’instrument (256 Hz, 265 Hz et 285 Hz) et de plusieurs harmoniques avec un bruit de fond relativement réduit.

Comme dans un clairon, ces sons résultent de la mise en résonance de l’air contenu dans la conque : l’onde sonore émise en continu par les lèvres en vibration du joueur est en partie réfléchie vers l’intérieur à la sortie de l’instrument, si bien qu’après quelques allers-retours de l’onde, suffisamment d’énergie acoustique s’est accumulée au sein de l’instrument pour qu’un régime stationnaire s’installe, accompagné par l’émission d’un puissant son constant. De fait, les chercheurs ont mesuré que l’intensité sonore à 1 mètre du pavillon de la conque est de 100 décibels. Assourdissant comme un clairon !

Coupe de la conque de Marsoulas et le spectre des trois sons qu'elle produit.

En redatant par les techniques modernes des charbons de bois et un os d’ours provenant de la même strate que la conque dans la grotte de Marsoulas, Carole Fritz et ses collègues ont établi que le coquillage date de quelque 18 000 ans, soit du tout début du Magdalénien. À cette époque, d’énormes glaciers écrasaient les Pyrénées, tandis que les chasseurs-cueilleurs magdaléniens poursuivaient les rennes dans un paysage périarctique glacial.

La conque de Marsoulas serait ainsi la plus vieille conque musicale connue en France et dans le monde. La plus ancienne connue en Europe auparavant était grecque, et les chercheurs en ont repéré une d’origine syrienne très similaire à celle de Marsoulas, mais non datée. La collection de conques du musée du Quai Branly, à Paris, illustre en outre que nombreuses cultures côtières en Europe, en Asie, en Océanie, dans les Amériques ont transformé par diverses techniques des conques en instruments à vent.

Les hommes préhistoriques connaissaient d’autres instruments de musique, puisque des flûtes datant de l’Aurignacien (35 000 avant le présent) nous sont parvenues, et des indices suggèrent que des instruments de percussion en peau, en bois et d’autres matières organiques qui ne se sont pas conservées, existaient. Les Magdaléniens jouaient-ils des morceaux mêlant coups de tambours, mélodies de flûtes et puissants sons de conques ?

La ressemblance entre les points d’ocre décorant la conque de Marsoulas et ceux qui constituent le bison évoque par ailleurs un rapport étroit entre l’instrument de musique et l’œuvre pariétale. Dès lors, dans un parallèle avec les cérémonies militaires actuelles, on peut imaginer que la conque servait à cadencer la célébration devant le bison (son totem) d’un puissant chasseur…

Source : Pour la Science du 11/02/2021

18.000 ans, la plus vieille mélodie du monde ?

Le premier enregistrement sonore venant de la préhistoire, a été obtenu à partir d’une conque, un coquillage utilisé par des chasseurs magdaléniens, en France, il y a 18.000 ans. Cette découverte exceptionnelle éclaire d’une dimension musicale inconnue certaines pratiques des sociétés du Paléolithique supérieur.

Puissantes, longues et profondes… trois notes venues de la nuit des temps viennent d’être entendues pour la première fois par une équipe de scientifiques français. Trois notes dont la plus basse serait proche du do et les deux autres respectivement, d'un do dièse et d'un ré (à écouter ci-dessous). C’est en faisant sonner une conque vieille de 18.000 ans, un coquillage de 30 cm du genre Charonia lampas sp. (triton à bosses) que les scientifiques emmenés par Carole Fritz et Gilles Tosello, associés au Laboratoire Traces -UMR 5608 de l’Université Toulouse-Le Mirail, sont parvenus à ces résultats publiés le 10 février 2021 dans la revue Science Advances. Le coquillage avait été découvert en 1931 à l’entrée de la grotte ornée de Marsoulas, dans les moyennes Pyrénées, à la lisière de la Haute-Garonne et de l’Ariège. "Nous avons identifié l’utilisation de la plus vieille conque du monde en contexte préhistorique", se réjouit la préhistorienne Carole Fritz depuis Toulouse où Sciences et Avenir l’a rencontrée.

Un instrument multimillénaire oublié pendant 80 ans

Pour ce faire, Pascal Gaillard (CNRS), musicologue au Laboratoire Cognition, Langues, Langage, Ergonomie (CLLE) de Toulouse et lui-même ancien flutiste, a invité Jean-Michel Court, l'un de ses amis cornistes [joueur de cor], à souffler dans la conque. Ce qui a aussitôt redonné vie à cet instrument multimillénaire oublié pendant 80 ans dans les collections du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse.

La conque de Marsoulas (Haute-Garonne) et ses 31 cm de hauteur

Plusieurs autres organismes ont collaboré à ce projet dont le Laboratoire d’Archéologie moléculaire et structurale (LAMS) à Paris et le Musée du Quai-Branly-Jacques Chirac.

Grâce au travail de tous, c’est la première fois qu’un instrument de musique à vent est clairement associé à un site archéologique préhistorique. "Nous pouvons prouver que du son a été indubitablement produit dans la grotte de Marsoulas, il y a 18.000 ans", assure Carole Fritz. Les spécialistes connaissaient bien sûr l’existence de quelques flûtes en os datant de l’Aurignacien (environ 30.000 ans) découvertes en Allemagne, ainsi que l’usage discuté de possibles rhombes [instrument à vent produisant un son par frottement de l'air ambiant], ou encore de vagues sifflets en os. Mais jamais encore la preuve qu’une conque avait été utilisée en tant qu’instrument de musique en Europe n’avait été apportée pour l’époque magdalénienne. Un coquillage dont la distribution souvent estimée limitée aux mers chaudes, "s'étend en réalité de l'Océanie, Nouvelle-Zélande, Europe, Inde, Tibet, Japon, Indochine, Nouvelle-Guinée, et au-delà", expliquent les auteurs de l'article. A Marsoulas, la conque est par exemple originaire des côtes situées à 200 kilomètres de là. "Il s’agit d’un mollusque que l’on rencontre encore dans la baie de Biscaye et le long des côtes basques et asturiennes d’Espagne."

La preuve que ce coquillage a été intentionnellement remodelé pour produire du son

"L’apex [la pointe de la conque] en a été retiré, et la lèvre externe entièrement retouchée pour régulariser le bord. La conque a subi un aménagement pour la mise en place d’un embout", explique Carole Fritz. Ce que les examens au CNES ont confirmé. "Lors d’une tomographie, nous avons découvert que l’intérieur du coquillage avait été aménagé. Un trou y avait été creusé, probablement pour y introduire une canule, un tube utilisé comme embout buccal afin de mieux diriger l’air à l’intérieur du coquillage pour le faire sonner, poursuit Gilles Tosello. C’est la preuve que ce coquillage a été intentionnellement remodelé pour produire du son".

Vestiges d'un aménagement de la conque pour laisser passer une canule

La conque de Marsoulas (Charonia lampas sp.) et les tracés au pouce réalisés à l'ocre rouge identifiés dans sa partie interne. Des empreintes identiques à celles du bison peint dans la grotte ornée présenté en fond d'image.

Plus encore que l'instrument lui-même, c'est le lien symbolique attesté entre ce coquillage et les peintures rupestres de la grotte ornée de Marsoulas qui a surpris les scientifiques. Découverte en 1897, Marsoulas, appelée "la grotte aux 500 figures", possède en effet une cinquantaine de mètres de paroi décorée. Parmi les animaux qui y figurent, deux imposants bisons de 2 mètres de long sont peints et gravés, dont l'un est criblé de centaines de pointillés réalisés au pouce, à l'ocre rouge (lire Sciences et Avenir n°848, 2017). Deux robes rarissimes dans tout l'art pariétal occidental. Or l'analyse par tomographies (CT) et spectrométrie de fluorescence X de la conque a montré que ce coquillage abritait dans sa partie interne... des tracés identiques. "La conque de Marsoulas possède en effet des tracés similaires à ceux des bisons de la grotte ornée", précise Carole Fritz. "Les décors de la conque ont donc une signification symbolique indubitable, voire religieuse en lien avec la cavité", explique Gilles Tosello.

Les chasseurs du Magdalénien se servaient-ils de la conque, pour s’interpeller d’une vallée à l’autre, dans cette région montagneuse des Pyrénées ? L’utilisaient-ils lors de cérémonies? L’employaient-ils à l’intérieur de la cavité en lien avec les œuvres pariétales? "Nous l’ignorons. Mais pour la première fois nous avons une expression sonore symboliquement relié à de l’art pariétal. Et ça, c’est unique au monde!", sourit Carole Fritz.

Source : Sciences et Avenir du 11/02/2021

jeudi 11 février 2021

Au Muséum de Toulouse, une conque de 18 000 ans fait encore entendre sa musique

A Toulouse, un joueur de cor a réussi à émettre avec cette conque trois sons proches des notes do, do dièse et ré. Cette recherche a permis d'enrichir nos connaissance de "la palette musicale" des hommes préhistoriques.

Ce serait le plus ancien instrument à vent connu de ce type. Une conque de 18 000 ans vient de résonner de nouveau à Toulouse, permettant à un groupe de chercheurs d'enrichir leur connaissance de "la palette musicale" des hommes préhistoriques. "C'est la première fois que l'on entend le son de ce coquillage depuis cette époque", explique, en montrant cette pièce issue de la grotte de Marsoulas (Haute-Garonne), l'archéologue Carole Fritz, première signataire d'un article sur cette question publié mercredi 10 février dans la revue scientifique américaine Science Advances.

Dans le cadre de cette recherche, un joueur de cor a réussi à émettre avec cette conque plus grosse et plus épaisse que les actuelles (31 cm de hauteur, jusqu'à 18 cm de diamètre et jusqu'à 0,8 cm d'épaisseur), trois sons proches des notes do, do dièse et ré. Cette expérience "permet d'enrichir la palette musicale que l'on peut imaginer pour les peuples, les cultures, qui vivaient là il y a 18 000 ans", affirme de son côté le directeur du Muséum de Toulouse, Francis Duranthon, également signataire de l'article scientifique. Certes, "il y a des flûtes en os de vautour ou autres qui sont plus anciennes mais jusque-là on n'avait pas de conque connue de cet âge", ajoute-t-il, au milieu de l'une des grandes salles du Muséum.

Une recherche permise par la 3D

Pour pouvoir émettre ces sons, les hommes de l'époque ont dû modifier la conque d'origine. Ainsi, la pointe de la coquille a été cassée et deux trous circulaires ont été aménagés à l'intérieur, "sûrement pour insérer un os creux permettant de souffler et de produire des sons", précise Guillaume Fleury, également signataire de l'article. Ce travail est le résultat d'une recherche qui n'aurait pas pu se faire de la même façon lorsque cette conque a été découverte, en 1931. Elle n'aurait même "pas été possible il y a 10 ans sans l'utilisation de la 3D et des modélisations que ça permet. Aujourd'hui avec le développement de l'intelligence artificielle, on va pouvoir aller encore plus loin. Ces perspectives sont très enthousiasmantes pour l'ensemble de l'équipe", se réjouit Carole Fritz.

"L'utilisation du numérique permet de faire des choses que l'on ne pouvait pas faire auparavant mais elle ne remplace pas le travail sur les objets", met cependant en garde Francis Duranthon, montrant des dizaines d'autres d'objets issus de la grotte de Marsoulas gardés dans un des nombreux tiroirs consacrés aussi à d'autres sites, dans une salle du Muséum. Ces objets moins célèbres sont cependant essentiels pour tenter de comprendre un univers culturel éloigné. Ils apportent aux chercheurs un contexte plus général qu'il est indispensable de connaître, souligne le Muséum de Toulouse qui inaugura en 1865 la première galerie du monde consacrée à la préhistoire.

C'est tout l'intérêt des collections des musées. Très souvent, les gens nous demandent "à quoi servent tous ces vieux trucs ?" Voilà à quoi ça sert. Cela alimente la recherche. Quand un chercheur reprend l'étude d'un site, comme on a fait cette fois-ci, il vient consulter les collections anciennes récoltées sur ce site-là.
Francis Duranthon, directeur du Muséum de Toulouse

Un instrument de communication ?

Les chercheurs pensent que le coquillage a pu être utilisé à l'occasion de rituels ou de cérémonies, comme c'est encore le cas aujourd'hui dans certaines cultures Polynésienne ou d'Amérique du Sud. Avec un son puissant - équivalent en décibels à une rame de métro - les hommes du Magdaléniens ont peut-être utilisé cette conque comme instrument de communication.

"L'intensité produite est incroyable", affirme le co-auteur de l'étude Philippe Walter, directeur du laboratoire d'archéologie moléculaire et structurale de l'Université de la Sorbonne. Pour les prochaines expérimentations les chercheurs utiliseront une version en impression 3D du fragile instrument. Philippe Walter est convaincu que celui-ci peut produire de nombreuses autres notes mais affirme que cette recherche ne permettra pas de découvrir quelle musique écoutaient les Magdaléniens.

Source : France Info du 11/02/2021

Ce coquillage des cavernes fait résonner des sons vieux de 18.000 ans

L'instrument à vent, retrouvé par des chercheurs du CNRS, provient de la grotte préhistorique de Marsoulas en Haute-Garonne.

PRÉHISTOIRE - Sa sonorité est caverneuse et semble remonter aux origines des temps. Et c’est presque le cas. La conque, un instrument musical taillé dans un coquillage, retrouvée par Carole Fritz, chercheuse au CNRS, est âgée de pas moins de 18.000 ans. Elle témoigne des débuts de la culture magdalénienne, période de la fin du Paléolithique supérieur qui correspond aux célèbres œuvres de la grotte de Lascaux.

La découverte de l’instrument a été annoncée dans un article de recherche de la revue scientifique Science Advances ce mercredi 10 février. Parmi les instruments à vent, seules les flûtes en bois remontent à un âge encore plus reculé, les premiers spécimens datant d’il y a 35.000 ans.

C’est en parcourant l’inventaire des collections de paléontologie du Muséum de Toulouse, que les équipes du CNRS font la découverte du coquillage, explique Carole Fritz au HuffPost. L’objet est issu des fouilles de la grotte de Marsoulas, en Haute-Garonne, réalisées en 1897. Il n’avait pas été particulièrement remarqué des paléontologues de l’époque qui pensaient que le coquillage devait servir à boire de l’eau.

“Vous avez essayé de souffler dedans ?”

C’est alors qu’un des collègues de Carole Fritz a un déclic: “Vous avez essayé de souffler dedans?” Les scientifiques n’ont alors qu’une idée en tête, faire sonner le coquillage. Pour cela, ils font appel à un professeur d’université musicologue pour jouer de l’instrument.

La tâche n’est pas facile: “on ne souffle pas comme cela avec, il faut un corniste” explique Carole Fritz. Les chercheurs parviennent toute de même à produire trois sons proches des notes do, do dièse et ré, ce qui valide l’hypothèse de l’usage du coquillage en tant qu’instrument musical. L’enregistrement des notes produites par la conque a été mis à disposition du public par le CNRS.

Pour faire sonner de nouveau le coquillage et ”éviter de faire exploser” un objet vieux de 18.000 ans en jouant avec, une modélisation puis une impression 3D de la conque a été entreprise, explique Carole Fritz. Elle devrait permettre aux chercheurs de produire d’autres notes.

Un examen plus attentif de l’objet montre aussi que le coquillage a bien été retaillé pour en faire un instrument de musique. La pointe de la coquille est cassée et une des spires a été percée pour faire passer l’air.

La découverte de la conque ouvre de nouvelles pistes de recherche dans l’étude des sonorités des grottes. Une prochaine expérience, explique Carole Fritz, pourra être de jouer de l’instrument dans la grotte de Marsoulas où il a été retrouvé. Aura t-on la chance d’entendre un jour un concert de musique du paléolithique ?

Source : Huffington Post du 10/02/2021