Les premiers Hommes modernes en Europe sont les premières populations d'Homo sapiens ou humains anatomiquement modernes en Europe, au Paléolithique supérieur, désignées en anglais par le sigle EEMH, pour European early modern humans. Les fossiles de ces populations datent d'environ 48 000 à 15 000 ans (48–15 ka), intervalle qui couvre les périodes bohunicienne, aurignacienne, gravettienne, solutréenne et magdalénienne.
L'expression « Hommes modernes » s'emploie par opposition à « humains archaïques », terme renvoyant à Homo heidelbergensis et Homo neanderthalensis qui ont vécu en Europe dans un intervalle compris entre 400 000 à 37 000 ans environ et qui, après l'arrivée d'Homo sapiens, ont disparu ou ont été absorbés dans sa lignée.
Les premiers Hommes modernes en Europe étaient parfois désignés dans la littérature scientifique jusqu'à la fin des années 1990 par l'expression Hommes de Cro-Magnon, abandonnée depuis. Le nom commun de Cro-Magnon n'a pas de statut taxinomique formel, car « il ne fait référence ni à une espèce ou sous-espèce ni à une phase ou culture archéologique ». L'expression de « Cro-Magnon » renvoie de manière limitée aux périodes postérieures au début de l'Aurignacien proprement dit, il y a environ 37 à 35 ka.
Chronologie
Il y a eu, selon toute vraisemblance, plusieurs migrations et disparitions de l'Homme moderne (Homo sapiens) sur le continent européen. Au Paléolithique moyen, des fossiles d'humains modernes datés de 210 000 ans ont été identifiés dans la grotte d'Apidima, en Grèce.
Les premiers indices d'une immigration humaine moderne en Europe au Paléolithique supérieur sont fournis par des traces de l'industrie bohunicienne des Balkans ; cette culture archéologique qui apparaît il y a 48 000 ans, est probablement dérivée de la culture émirienne levantine. Les premiers fossiles d'Homo sapiens en Europe remontent à environ 45 à 43 000 ans ; ils ont été découverts en Bulgarie, en Italie et en Grande-Bretagne. On ne sait pas si ces premiers Hommes modernes sur le continent européen ont, lors de leur migration vers l'ouest, suivi le Danube, ou longé la côte méditerranéenne. Il y a environ 45 à 44 000 ans, la culture proto-aurignacienne s'est répandue à travers l'Europe, descendant probablement de la culture ahmarienne du Proche-Orient.
Il y a 40 000 ans, avec le début de l'évènement de Heinrich 4, l'Aurignacien proprement dit évolue en Europe centrale et méridionale, et succède à d'autres cultures à travers le continent. La vague d'Hommes modernes de culture aurignacienne remplace les Hommes de Néandertal et leur culture moustérienne. Dans la vallée du Danube, l'Aurignacien présente des sites très rares par rapport aux traditions postérieures jusqu'à il y a 35 000 ans. A partir de cette époque, l'"Aurignacien typique" devient assez répandu ; il s'étend jusqu'à il y a 29 000 ans.
L'Aurignacien est progressivement remplacé par la culture gravettienne, mais on ne sait pas quand l'Aurignacien s'est éteint, car il est mal défini. Des outils «aurignacoïdes» ou «épiaurignaciens» sont datés de 18 à 15 000 ans. On ne sait pas non plus d'où vient le Gravettien, car il diffère considérablement de l'Aurignacien et ne peut donc pas en être issu. Pour rendre compte de la genèse gravettienne, les spécialistes invoquent en Europe centrale une évolution du Szélétien qui existait il y a 41 à 37 000 ans (il s'est développé à partir du Bohunicien) ; ou des cultures ahmariennes ou apparentées, du Proche-Orient ou du Caucase, qui existaient à une époque antérieure à 40 000 ans. On ne connaît pas avec certitude le lieu où la première occurrence de la culture gravettienne est identifiée ; ce pourrait être l'Allemagne il y a environ 37 500 ans, ou le dernier abri de roche Buran-Kaya III en Crimée il y a environ 38 à 36 000 ans. Dans les deux cas, l'apparition du Gravettien coïncide avec une baisse de température importante.
La population fondatrice de tous les premiers Hommes modernes européens ultérieurs existait sur le continent il y a environ 37 000 ans ; par la suite l'Europe serait restée isolée génétique du reste du monde jusqu'à il y a 14 000 ans.
Le refroidissement s'intensifie il y a environ 29 000 ans ; il culmine lors du dernier maximum glaciaire (Last Glacial Maximum, LGM) il y a environ 21 000 ans, période au cours de laquelle la Scandinavie, la région de la Baltique et les îles Britanniques, les Alpes sont couverts de glaciers et la glace hivernale atteint la côte française. La majeure partie de l'Europe est alors un désert polaire ; sur la côte méditerranéenne s'étendent des steppes à mammouths et des steppes boisées. De larges pans de l'Europe étant inhabitables, deux cultures distinctes émergent, avec des technologies uniques permettant aux humains de s'adapter au nouvel environnement : le Solutréen qui, dans le sud-ouest de l'Europe, invente de toutes nouvelles technologies, et l'Épigravettien qui, de l'Italie à la plaine russe, adapte les précédentes technologies gravettiennes. Les peuples solutréens habitent la zone de pergélisol, tandis que les peuples épigravettiens semblent être restés dans des zones moins inhospitalières, et gelées de façon saisonnière seulement. Peu de sites datant de cette période sont connus aujourd'hui.
Les glaciers commencent à reculer il y a environ 20 000 ans ; le Magdalénien colonise l'Europe occidentale et centrale (succédant au Solutréen) au cours des deux mille années suivantes. À partir du début du Dryas il y a environ 14 000 ans, les traditions magdaléniennes finales se développent, à savoir l'Azilien, l'Hambourgien et le Creswellien. Pendant le réchauffement de Bølling–Allerød, des gènes du Proche-Orient apparaissent chez les Européens indigènes, indiquant la fin de l'isolement génétique de l'Europe.
Peut-être en raison de la réduction continue du gros gibier européen, le Magdalénien et l'Épigravettien sont complètement remplacés par le Mésolithique au début de l'Holocène.
Source : Wikipedia
