jeudi 24 juin 2021

Des groupes d'Hommes ont échangé des connaissances il y a 140 000 ans

La découverte et la fouille d’un site en Israël a révélé l’existence d’échanges culturels entre populations.

Le site de Nesher Ramla est situé au centre d'Israël, près de la ville de Ramla. Il a été découvert durant des travaux publics en 2010 et une fouille de sauvegarde y a été organisée. Elle a révélé, dans ce bassin en forme de cuvette, la présence de très nombreux restes d’animaux, de milliers de pierres taillées et le fossile d’un Homme archaïque qui l’a fréquenté il y a entre 140.000 ans et 120.000 ans environ.

Une population inconnue à cette époque

“Mais les milliers de fragments de silex et de restes d’animaux retrouvés sur le site témoignent d’une présence humaine durable qui couvre une période allant de 140.000 ans à 90.000 ans. En revanche ce n’est que dans le niveau 6, le plus profond, qu’ont été découverts des os humains” détaille Marion Prévost, de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Ces os, une portion de voûte crânienne et un fragment de mandibule, ont été virtuellement reconstruits afin d'être comparés avec d'autres fossiles d'Europe, d'Asie et d'Afrique. Les résultats indiquent qu'ils présentent des caractéristiques qui les distinguent de ceux des humains modernes et des néandertaliens qui vivaient à la même époque en Europe. Pour lsrael Hershkovitz et ses confrères qui publient un premier article dans la revue Science, ce squelette appartient à un des derniers représentants d’une population locale d’Homme archaïque inconnue jusqu'ici qui s’est développée au Moyen-Orient durant le Pléistocène moyen (entre -781 000 et -126 000 ans).

Des fossiles plus anciens et possédant une combinaison de caractéristiques observées à la fois chez les Néandertaliens et les humains modernes découverts dans la région seraient également liés à cette population. Ils témoignent d’une histoire évolutive complexe des humanités dans cette zone située au carrefour de trois continents et où les échanges génétiques entre peuplades et les migrations ont certainement étaient nombreux. Cette découverte remet notamment en question l'hypothèse dominante selon laquelle les Néandertaliens seraient originaires d'Europe, suggérant qu'au moins certains des ancêtres des Néandertaliens venaient en réalité du Levant.

Boucherie et taille des pierres

Mais revenons à notre Homme de Nesher Ramla. Il a donc été découvert autour de très nombreuses pierres taillées qui sont très particulières “puisqu’elles sont produites avec les mêmes silex et les mêmes méthodes de taille, celles du Levallois centripète, qui sont normalement retrouvés sur les sites propres à Homo sapiens” révèle Marion Prévost. Cela signifie que des échanges culturels ont eu lieu entre son peuple et des tribus de sapiens dont la trace est retrouvée entre 50 et 100 km de Nesher Ramla, à la même période. “On ne peut plus dire qu’une technologie ou une méthode de taille est associée à un groupe d'humains en particulier puisqu’on observe qu’il y a eu des interactions entre eux, du moins au Levant, avec des échanges de connaissances” souligne l’archéologue. Une découverte qui fait l’objet d’un second article également publié par la revue Science.

Silex de Nesher Ramla taillé selon la méthode Levallois centripète

Ces silex servaient à la découpe de la viande. Le site de Nesher Ramla n’est en effet pas le lieu d’un habitat mais un site spécialisé dans la taille de pierre et la boucherie. “Les Hommes devaient parfois y rester plusieurs jours, voire semaines, mais sans doute pas de façon permanente comme dans un site de résidence”, estime Marion Prévost. Sur place, ils traitaient de la viande d’auroch, de bouquetin sauvage, de gazelle, de cheval et d’autres mammifères plus petits ainsi que des tortues. Des indices permettent de supposer que certains végétaux étaient aussi travaillés et des foyers, des os et silex brulés, ont été mis au jour indiquant leur maitrise du feu. Quelques 80.000 objets lithiques ont été extirpés de Nesher Ramla, de quoi occuper les scientifiques pendant de nombreuses années. Gageons qu’ils nous réservent encore quelques surprises...

Source : Sciences et Avenir du 24/06/2021